Christophe : le MIUT 2017
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Le MIUT, ou Madeira Island Ultra Trail, c’est avant tout une belle aventure entre copains avec Rémy et Thierry, décidée fin 2016 et préparée pendant 6 mois. Pendant ces 6 mois, on a tout organisé, on s’est entraîné dur, on en a rêvé. La vidéo de l'édition 2016 tournait en boucle et le plateau annoncé sur cette édition 2017 était monumental.
19 avril 2017 : on débarque sur l’île et on découvre un endroit magnifique, ultra montagneux avec une végétation luxuriante et des gens accueillants. Concernant la course, l’organisation n’a rien à envier aux grandes classiques françaises, elle est parfaite.
Thierry cogite par contre beaucoup sur cet ultra technique et difficile qui nous attend mais aussi sur son talon qui le gêne depuis quelques semaines. Avec Rémy, on est un peu plus serein, tout simplement heureux d’être là dans ce cadre somptueux.
Le départ de la course à minuit est atypique (je n'ai jamais fait la SaintéLyon...), j’arrive toutefois à faire une bonne sieste dans l’après-midi. Urgence de dernière minute avant de me rendre au départ : ma poche à eau fuit… et la femme de Thierry me sauve la mise (et ma course) en me cédant sa poche à eau…. Ouf !
L’organisation nous emmène en bus de l’autre côté de l’île dans la station balnéaire de Porto Moniz. Le chauffeur local est à fond, il attaque pied sur l’accélérateur et le bus est rapidement dans le rouge, obligé de mettre le clignotant après un tunnel près de Sao Vicente. Pas de panique, quelques minutes plus tard, un bus de secours nous récupère pour finir le trajet jusqu'à la ligne de départ.
Sur la ligne de départ justement, on retrouve des amis, Daniel, Thierry G., l’ambiance est très bonne. Nous sommes idéalement placés à une dizaine de mètres des meilleurs. Il fait nuit, il fait beau, il ne fait pas froid, on est tout simplement bien au départ de ce 115kms et 7100+.
Le décompte s’égrène, le départ est rapide bien sûr, les acclamations de la foule fortes nous poussent dans le dos. Après 1km de village, on attaque de suite du pentu goudronné avec un bon 20-25%. Je trouve que les coureurs partent très vite, très très vite, trop vite. Je préfère prendre un rythme de croisière avec Thierry, ne pas me mettre tout de suite dans le rouge et en difficultés. Il y a du monde autour de nous, mais nous ne sommes pas gênés dans notre progression.
Après 400+ et un petit peu de plat, on file dans la première descente, typique de l’île : pentue, étroite, avec de nombreuses marches et le plus souvent avec une levada sur le côté, la levada étant un petit canal d’irrigation remplie à ras bord d’eau. Ma frontale vieillissante n’éclaire pas tant que ça, je suis déjà en difficulté « technique », mais heureusement la descente est courte.
On traverse un premier village dans une ambiance énorme, ça me rappelle l’UTMB. Puis on s’attelle à la première grosse montée de 1200+ : du pentu, un peu de relance, encore des marches, beaucoup de marches, et surtout une douce odeur d’eucalyptus qui nous chatouille le nez. Pour l’instant, ça se gère, on est encore frais, mais dans quelques heures, je sens déjà que ça va piquer ces marches. Avec Thierry, le rythme est régulier, je n’ai pas l’impression de trop forcer.
Le premier ravito à Fanal est bondé (2H17’, 291ième, 4'30" de pause), on en profite pour s’habiller un peu, la nuit commence à être fraîche. La descente suivante est un bis repetita de la première, pas facile, des marches en forêt… pfff je galère et pas mal de coureurs me double…. j’ai un peu mal au genou gauche à cause des marches sûrement, ça m’inquiète un peu… Au ravito de Chao da Ribeira, on a perdu pas mal de place (3H10’, 313ième, 3’ 30" de pause). On préfère prendre notre temps, la route est encore longue.
La montée suivante, à nouveau 1200+, bah j’avoue que je ne m’en souviens pas trop… Je sais juste que le rythme est correct, que Thierry m’indique qu’il s’endort un peu. Après Estanquinhos (5H32’, 321ième, 5’ de pause), la descente est particulièrement rude au milieu d’une caillasse démentielle, je n’aime pas du tout, le genou gauche toujours un peu douloureux. Thierry s’échappe légèrement, je souffre dans cette descente, je commence à trouver le temps long. Heureusement, le ravito de Rosario (6H55’, 311ième, 5’ de pause) se pointe avec le levée du jour, enfin !
Il fait jour, il fait beau, il commence à faire chaud, une nouvelle course commence. Je me sens mieux, je me sens bien. La montée est tranquille, je sens par contre que Thierry est un peu en retrait. Les positions commencent à se figer, peu de coureurs nous rattrapent. Les marches sont toujours omniprésentes, les odeurs d’eucalyptus aussi. Je mène le train jusqu’au col d’Encumeada, puis on rejoint rapidement par la route le gros ravito surchargé d’Encumeada (8H13’, 310ième, 7’ de pause).
Daniel est là et commence à souffrir de son talon également. Les premiers du 85kms nous rejoignent à cet endroit (après 10kms de course pour eux). Ça va être la galère car pendant 2-3H, ils vont être nombreux à nous doubler, certains de façon courtoise, d’autres pas du tout. Après le ravito, la montée est rude le long d’un pipeline, mais je suis bien, à l’aise, je profite des paysages magnifiques. Je sens que Thierry commence à souffrir : il fait chaud mais il garde veste, bonnet et gants, surtout il est très blanc et ne s’alimente pas malgré mes encouragements. Le chemin en balcons qui suit est de toute beauté et bien ludique, je suis un peu en sous-régime pour attendre Thierry, ce n'est pas grave, je m'économise pour la fin de parcours. La descente vers Curral das Freiras est assez cassante, mais je la fais à l’économie derrière Thierry ce qui permet de préserver mon genou gauche.
Au ravito (11H13’, 281ième, 24’ de pause tout de même) où je croise Nicolas R. une connaissance angevine, Thierry est « cuit » et souhaite abandonner. Je mange un peu (du riz pour une fois, alors que j'ai tourné toute la course avec des chips et des oranges sur les ravitos). Je l’encourage à continuer pour la portion suivante, la plus belle de la course, et à repartir « tranquillement » avec Daniel qui arrive quelques minutes après nous. La pause s’éternise, je décide de le quitter en lui disant de bien réfléchir et j’attaque la grosse montée, en plein cagnard, vers le Pico Ruivo.
Ce n’est pas facile, mais je m’en sors bien, avec 2-3 pauses à l’ombre au bord du chemin. En fait, je rattrape plusieurs coureurs, notamment ceux du 85kms, c’est encourageant. Par contre, les pieds commencent à me faire souffrir, avec 2 ampoules à chaque pied et des frottements, c’est surprenant et inhabituel pour moi, mais ça reste gérable et supportable en montée. La partie finale est interminable mais grandiose avec une vue à 360° sur la montagne, les vallées et l’océan. Enfin, la « casa » est là (14H26’, 251ième, 4’ de pause) pour une courte pause.
Maintenant, on attaque la partie « monument » de la course, la « traversée » jusqu’au Pico do Areeiro, celle qui nous a fait choisir cette course. Et effectivement, c’est beau, c’est technique, c’est dur, c’est engagé, mais ça vaut le détour !
Entre sentiers en balcon au bord du vide, escaliers démoniaques, marches énormes, tunnels bien sombres, c’est un plaisir à courir marcher même si on en bave. Mon genou me fait un peu souffrir sur cette portion accidenté.
Le passage aérien tant attendu avec le vide tout autour et les nuages qui arrivent est là, je savoure. L’ambiance au Pico est énorme, Nicolas R. est encore là pour m’encourager et chauffer le public.
Au ravito (15H49’, 240ième, 13’30" de pause), je décide de faire soigner mes ampoules par le service médical. Mais c’est une catastrophe et je préfère abréger la séance pour repartir dans le même état… et galérer car les pieds sont bien douloureux. Le bon côté, c’est que la douleur au genou s’estompe au profit de celles des pieds. Mais je dois alterner marche et course sur la portion suivante, le but étant de préserver mes pieds. C’est dommage car le chemin devient plus facile et courable. Surtout physiquement, je me sens encore bien et c'est rageant de perdre ainsi du temps.
Au fil des kms, je fais connaissance avec des coureurs, français et portugais principalement, 115kms et 85kms réunis. On discute, on se motive, on s’accroche et finalement, je commence à retrouver du rythme sur cette fin de parcours. Petit à petit, la douleur aux pieds s’estompent et devient plus supportable, mon corps s’habitue ;). Les paysages et les chemins sont variés, les marches sont encore (trop) souvent là, les levada aussi.
Au ravito de Ribeiro Frio (17H34’, 228ième, 5’ de pause), ma poche à eau me cause des tracas, impossible de l’ouvrir comme si elle était jointée ! Tant pis, je repars sans le plein pour la dernière grosse montée de la course : la première partie en forêt est bien raide, mais je la passe bien. Par contre, j’ai du mal à relancer sur le plat suivant et sur le faux-plat montant interminable et final vers le ravito de Poiso (18H48’, 226ième, 6’30" de pause).
Même les bénévoles n’arrivent pas à ouvrir ma poche à eau, je pique donc une bouteille en plastique que je mets dans le sac. J’essaie de dérouler au maximum ensuite pour en faire le plus possible avant la nuit. J’alterne course et marche, surtout je rattrape régulièrement des coureurs du 85kms, et parfois ceux du 115kms, ça fait du bien au moral et aux jambes.
A Portela (20H04’, 214ième, 6’ de pause), surprise, un bénévole arrive à ouvrir ma poche et j’en profite pour faire un dernier plein qui durera jusqu’au bout.
Je change aussi les piles de ma frontale pour avoir un éclairage un poil plus puissant, pour essayer d'être un peu plus à l'aise. Je continue sur le même rythme, marche et course, j’éclaire de temps en temps ma frontale quand il fait trop sombre en forêt. Je commence à y croire, j’estime mon arrivée vers 23H.
A Larano (20H57’, 205ième, 3’30" de pause), la nuit tombe pour de bon, juste le temps d’admirer un panorama magnifique sur Porto da Cruz, l’océan et le chemin qui nous attend le long des falaises. Ca y est, il fait nuit, je gère sur ce sentier en corniche. Je devine l’océan en contrebas, j’écoute le cri bizarre des mouettes locales, je suis un coureur français du 85kms qui m’a rattrapé. Je lâche un peu dans la descente caillouteuse juste avant le dernier ravito de Ribeira Seca (22H08’, 198ième, 1’ de pause).
Arrêt express, je sais que je vais désormais terminer la course. On longe sur les hauteurs la ville illuminée de Machico sur une levada bien bétonnée et étroite. Je commence à entendre le speaker au loin, ça sent bon. Dernière descente dans l’herbe, derniers coureurs doublés, j’accélère progressivement le long de la promenade. La foule est encore nombreuse, je tape dans les mains, ça fait plaisir de finir une course avec des spectateurs et dans un état physique correct. Dernier sprint, je termine la course en 22H39’ à la 190ième place.
Gabrielle et mes amis ont loupé mon arrivée, tant pis, je savoure. Je n’ai pas réalisé une course exceptionnelle, mais j’ai profité à fond de ce parcours au combien technique et exigeant dans un cadre grandiose et avec une météo parfaite. Surprise, Thierry est finalement reparti avec Daniel peu de temps après moi à Curral fas Freiras, il termine en 23H21’ exténué.
Que dire de plus… la course a répondu à toute nos attentes, tant sur le plan de la difficulté que sur celui de la beauté. Ce fut très intéressant de découvrir une course hors des frontières françaises, et il faut féliciter l’organisation et les bénévoles qui ont été tops.
Bref, ce fut parfait.





















