Rencontre avec...Patrick BRINGER

Partrick est aujourd'hui l'un des plus redoutables traileur du circuit. On le retrouve sur les manches du TTN où il a fini second l'an dernier au classement général. Mais aussi sur d'autres courses "classiques" du calendrier où il truste les podiums quasi à chaque fois. Patrick vient du Triathlon et il s'est très vite adapté au course en montagne. Il est aussi un entraîneur reconnu. Thomas Lorblanchet est l'un de ses adeptes. Ce week-end, il termine deuxième du Nivolet derrière Julien Rancon et devant un peloton très dense en qualité. Rencontre avec un garçon fort sympathique. Merci pour ta disponibilité Patrick !

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@sigvaris

Bonjour Patrick et merci de prendre le temps de répondre aux questions de 3Dtrail : D’abord, peux-tu, en quelques mots te présenter et expliquer comment tu es arrivé dans l’univers du trail ?
 
 Bonjour à toutes et tous. J'ai d'abord pratiqué la course à pied enfant (depuis mes 8 ans) ainsi que de nombreux autres sports, mais peu doué je n'ai connu aucun résultat marquant avant les "juniors". Ensuite j'ai fait 17 années de triathlon à un bon niveau national (3 podiums à l'Ironman d'Embrun et 2 à Nice par exemple) donc j'étais déjà attiré par les épreuves d'endurance. Depuis les années 2000 je suis passionné par le coaching et j'ai entraîné des copains durant une décennie ou des personnes me le demandant au coup par coup. 

C'est ainsi que Thomas Lorblanchet a fait appel à mes services, nous nous connaissions étant de la même ville et lui même étant ancien triathlète. J'ai été le supporter durant 8 éditions aux Templiers avec des joies et des peines... et j'ai découvert ce superbe sport et pu suivre son essor progressif jusqu'à l'explosion actuelle. D'ailleurs, pour moi le trail c'est avant tout les Templiers et celui qui les gagne reste dans l'esprit de tous le meilleur de la saison, j'espère donc un jour finir cette course si belle mais si difficile. J'adore vraiment cette région des Causses et de l'Aveyron, c'est une si belle terre de trail.

Pour revenir au propos, comme j'avais fait le tour du sujet en triathlon et que je n'étais plus tout jeune (lol) j'ai souhaité me consacrer plus à ma famille, aux athlètes que j'entraîne.. et naturellement je me suis tourné vers le trail qui correspondait à ma philosophie du sport en pleine nature même si j'aime toutes les facettes de la course à pied. Mais rien n'est définitif, j'aimerai aussi tâter du 100 bornes un jour, de l'ultra trail pourquoi pas ...
Mais aller voir mes enfants faire du sport ( Rugby et natation) est quelque chose que j'adore. J'essaye de ne plus me placer en tête des priorité de la famille comme ce fut le cas au temps du triathlon, je pense beaucoup plus savourer les choses aujourd'hui et de façon plus zen. Bref pour l'instant je me régale en trail on verra bien la suite.
 
Tu as très rapidement occupé le haut du tableau au TTN. Ton adaptation sur ce type d’effort a été rapide ?
 
Bon j'avais l'habitude de faire pas mal d'heures (22 à 35 selon les périodes) durant ma période de triathlon mais il a fallu s'habituer au dénivelé, à la technique des montées et surtout des descentes (je reste très perfectible dans ce domaine mais j'ai fait de bons progrès cet hiver, à suivre au Nivolet LOL). Toutefois j'ai toujours couru en milieu naturel et le fait d'avoir suivi Thomas durant 7 ans a fait que je connaissais très bien ce sport en terme de besoin d'entraînement. Toutefois je me considère encore comme un bébé traileur mais cette année je devrai sortir de ce corps.
Il faut aussi souligner que j'avais déjà fait plusieurs trails comme le Sancy hivernal et même le trail technique de Signes donc je ne partais pas de zéro loin de là... mais c'est un sport bien différent (une quinzaine d'entorses l'an passée... aucune cette année donc le corps s'habitue). Il me faudra plusieurs saisons pour maîtriser le truc mais je n'ai aucune ambition spéciale dans ce sport, juste m'éclater et faire de mon mieux en assouvissant mon besoin de sport et d'efforts.
En tout cas j'ai bien aimé ce circuit TTN parfois injustement décrié, il valorise la régularité sous toutes ces formes et je pense que c'est une bonne formation. Pour ne rien gâter l'ambiance l'an passé était super cool entre les gars, j'ai vraiment adoré cela.
 
 
L’an dernier, tu termines second du TNN long. Lorsque l’on finis deuxième… On doit penser à la première place ?-
 
Pas du tout, l'an passé tout s'est bien déroulé et sur un championnat de France par étape il faut un brin de réussite et un physique fiable. J'ai eu tout cela l'an passé. mais beaucoup de monde n'imagine pas la difficulté de courir 4 à 6 épreuves d'une cinquantaine de kms et plus avec de l'enjeu à chaque fois donc on verra cette année. Toutefois j'espère accrocher un top 5 à nouveau. A ce jour Julien Rancon semble au dessus du lot, Fabien Antolinos a fait un super début de saison, mais après tout semble ouvert donc pourquoi pas... un nouveau podium serait super sympa à vivre.
 
       
Tu es pré-sélectionné pour les championnats du monde en Irlande cet été. Un gros objectif pour toi ?
 
C'est évident, c'est un immense honneur et bonheur de porter le maillot tricolore quel qu'il soit. Même si je n'ai pas fait du trail pour cela je savoure et donnerai tout le jour J. J'ai bossé par cycle construit cet hiver et désormais je vais enchaîner les courses pour acquérir le rythme et l'endurance musculaire spécifique pour arriver au mieux en Irlande. Je donnerai tout quoi qu'il en soit avec les copains du groupe France... car cerise sur le gâteau Tom Tom sera de la partie tout comme mon pote Yann Curien mais aussi Thierry Breuil que j'apprécie beaucoup et dont je respecte l'immense carrière.
De plus j'ai aussi d'excellents rapports avec Erik Clavery et Manu Gault deux beaux athlètes qui ne lâchent jamais rien donc je pense que ce sera un super esprit une très saine ambiance. La fédé a eu la grande intelligence de nous sélectionner tôt donc je suis sûr que l'on arrivera tous prêt et que la France réalisera de bonnes perfs car avant on ne se sera pas épuisé après une sélection.
      
 
On te connais aussi comme entraineur, tu coaches des coureurs de l’élite. C’est difficile d’être à la fois coureur et entraineur ?

Pas du tout et bien au contraire, j'entraîne des coureurs de tous niveaux et j'apprends aussi à leur contact. En trail le groupe 2EP est vraiment sympa et les week-end passés ensemble sont de très bons moments.
 Le fait de pratiquer est un gros plus, je connais beaucoup de courses, je ressens les choses comme eux et quand je propose une séance ce n'est pas de la théorie pure mais avec un recul sur ma pratique, cela en trail et en triathlon. Je crois que ce double rôle leur plait, par exemple avec Thomas je peux le suivre en live sur les chemins, toujours derrière... comme avant l'UTMB l'an passé et c'est très positif je pense pour nos deux. Il n'y a aucune rivalité car il est bien supérieur à moi en trail même si en course à pied traditionnelle on se tire la bourre sans retenue.

 
Quels sont tes grands principes dans l’entraînement en trail ?

Il faudrait un livre pour tout dire ... quelques points clefs :

Le trail c'est de la course  à pied ... partant de là il faut toujours essayer de rester un bon coureur. En hiver j'invite donc mes athlètes à revenir aux fondamentaux désormais parfaitement connus de tous : VMA, vitesse, puissance... J'insiste pour que les gars fractionnent sur piste car là au moins on ne fantasme pas sur son niveau et on bosse dur. Je les encourage aussi à faire des courses sur route "classiques" pour voir leur niveau de coureur "pur", c'est toujours un plus pour le trail. 
A titre d'exemple j'ai un athlète du groupe 2EP, Nicolas Fruchart qui nous a rejoint après de longues années de course à pied, en préparant le challenge Salomon cette année il a pourtant abaissé son record semi de 1h21' à 1h15'42'' preuve que les bases physio valables en course à pied classique restent vraies. Ses premiers trails ont aussi logiquement montré d'énormes progrès...

 Ensuite et ce n'est pas contradictoire, le trail c'est très spécifique aussi. Il faut donc se blinder musculairement tout en ayant une approche très différente de la course à pied classique et vraiment individualiser l'entraînement selon le passé du coureur (coureur, sports co, VTT, triathlon, raid...), j'essaye de m'adapter à tous ces profils. Il faut laisser doucement son corps s'habituer et monter progressivement en kilométrage. Ce n'est pas évident pour un coach de demi fond d'arriver dans le trail je pense car certaines séances peuvent paraître bien étranges et éloignées de la course traditionnelle.

Surtout il faut vraiment accepter de bien se reposer après chaque course pour durer car le trail c'est la santé avant tout et être blessé c'est un échec pour l'athlète mais aussi et surtout pour un entraîneur. Je fixe aussi à mes coureurs un nombre MAX annuel de trails sinon leur santé est menacée : donc 3 à 4 trails < 30 kms, 3 ou 4 <60 kms et un ou deux grands maxi > 60 kms. Certains ont fait plus dans les années passées, aujourd'hui ils ne courent plus ou traînent des tendinopathies d'achille... Thomas fait du trail depuis 2001 avec une seule blessure majeure (pubalgie en 2009) et si il a envie il pourra courir encore plusieurs décennies... après c'est une question d'envie, savoir couper longtemps et sans sport voilà peut être le conseil majeur après tout. Les physiologistes ne sont pas d'accord mais c'est là que la réalité du labo est parfois bien éloigné de celle du terrain.

 
 
Tu apportes une importance particulière à la PPG dans la préparation. Une des clés du succès d’après toi ?
 
Tout à fait surtout pour les habitants du "plat pays". J'y vois un avantage en terme de puissance musculaire pour les bosses, de résistance en descentes mais aussi de prévention des blessures. Donc pour mes athlètes c'est une à deux fois par semaine avec des exercices que j'ai adapté au trail au fil de mes lectures sur ce sujet. En plus c'est une pratique possible à la maison et donc tout bénéf' pour ceux qui manquent de temps ou doivent gérer des enfants en bas âge par exemple.
Je continue à beaucoup explorer cet aspect et je multiplie les lectures à ce sujet.
Je soulignerai que l'autre élément déterminant est la nutrition quotidienne et aussi à un degré moindre la stratégie nutritionnelle en course, en fait si on ajoute le mental totalement déterminant l'entraînement en trail ne représente qu'une grosse moitié des résultats et encore... l'entraîneur doit donc englober tous ces paramètres et c'est ce qui est passionnant avec les disciplines d'endurance longue.
 
 
Tu es aussi manager du Team Platinium. Peux-tu nous dire deux mots sur ce team ?
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@team platinium


 Là aussi après le triathlon j'ai voulu profiter de nombreux contacts avec des partenaires du sport pour lancer un Team différent des autres car géré à 100% par des athlètes. Ainsi avec Yoan Meudec le président et Martin Reyt le Webmestre, le team a vu le jour avec des résultats prometteurs et surtout des partenaires satisfaits de nous... l'esprit reste très convivial et cette année cela avance bien. Le but est juste d'apporter aux athlètes un cadre d'épanouissement. Ainsi je n'avais recruté que des athlètes hors Team, Yann Curien par exemple a éclos chez nous et cette année Michel Rabat devrait faire de même. C'est aussi motivant à titre très personnel d'appartenir à un groupe et donc d'être un peu redevable, c'est une bonne pression.  
 Très belle saison à tous, longue vie à 3D trail et à bientôt sur les chemins.

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