Rencontre avec...Jérôme Delorme ( 2 )

  • 3D Trail
  • Rencontre

Deuxième volet de notre "rencontre" avec Jérôme DELORME, figure emblématique de l'athlétisme en Isère tant par ses compétences d'organisateurs, de coach mais aussi d'athlète de très bon niveau. C'est sur ce point qu'il nous parle de ses perfs et du futur...Un personnage intègre, authentique et attachant. On pourrait même ajouter bavard :-)  Pour ceux qui ont aimé l'interview de la semaine dernière, bonne lecture ! Merci Jérôme !

 

 jerome7

Tu pratiques depuis longtemps la course à pied, mais comment es-tu arrivé à ton niveau actuel ? 

 
J'ai été détecté asthmatique "lourd" dès l'age de 3 ans (en 1983). J'ai aussitôt bénéficié d'un traitement de fond assez important (désensibilisation entre autre). A l'école primaire (vers le CM1-CM2), notre instituteur nous faisait courir un peu. Je faisais à peine un tour de terrain de foot que j'étais déjà asphyxié. En outre, un problème de hanche (traité par de grosses chaussures orthopédiques pas très fun) me faisait toucher les genoux à chaque foulées avec des chutes fréquentes... Bref, je n'étais pas vraiment taillé pour la course à pied. Oui, mais au collège, on avait un cycle athlé, avec le cross du collège... Contrairement aux autres, et malgré mes "handicaps", j'aimais bien ça, donc je jouais le jeu à fond et je me retrouvais dans les pas trop mauvais. 

J'avais alors l'impression d'être bon, et je me suis licencié en FSGT en cadet 1 pour la saison de cross. Bilan, dernier à chaque course sur 15 ou 16 cadets en 7 cross (avec le tiers du peloton des femmes devant moi)... Gros coup au moral, j'ai jeté l'éponge l'année suivante, puis je m'y suis remis en junior 2 toujours dans les cross FSGT. Je n'étais pas meilleur, mais l'avantage, c'est que j'étais noyé dans un gros peloton de junior à vétérans...4.
Il faut dire que je ne m'entrainais pas beaucoup non plus, et seul. En junior 2, je m'inscris dans un club FFA (A3 Alençon en Basse-Normandie). Je suis pris en charge par un coach qui me fait très rapidement passer de 1 à 5 entrainements par semaine !! Je suis très volontaire et je progresse un peu mais surtout je me blesse avec une belle périostite à la clé au bout de seulement 4 mois. Par ailleurs, les cadres de ce club de campagne se prenaient pour des supers stars (avec du 33'00'' sur 10....) et avaient une fâcheuse tendance à critiquer tout ce qui n'était pas d'eux... et même moi (jeune naïf). Je ne renouvelle donc pas cette... expérience, et je poursuis mon cavalier solitaire sous le regard éloigné d'un certain Joël Verrier, celui qui m'a soutenu dans mes débuts en FSGT. Je me mets alors à courir dans toutes les courses qui trainent du 10 km au trail de 35 km en passant par un marathon (La Rochelle) à seulement 20 ans... Je m'y prends d'ailleurs une belle veste...en 3h10' après pourtant un bon semi de prépa en 1h18'30''. Puis, de 2000 à 2004 vont se succéder des années pleines d'irrégularités ou la progression est faible, bien que réelle, et surtout très inconstante comme l'entrainement. En septembre 2004, je migre dans les Alpes, et je signe au club de l'ALEchirolles où je reçois un entrainement sérieux et structuré dispensé par un certain Ludovic Pellé. Je progresse alors bien pour atteindre 33'10'' au 10 km et 1h13'46'' sur semi en 2006... Avec surtout une régularité dans les perfs. 

 
A partir de fin 2006, je m'improvise coach pour palier au départ de Ludovic... Et je poursuis lentement, mais sûrement ma progression, au sein de mon groupe, pour arriver à mes résultats d'aujourd'hui (avec 2011, sans doute ma meilleure année) et ma victoire sur Paladru... héhé, qui a une grande valeur affective pour moi. 


 Peux-tu nous rappeller tes records actuels sur route ? 

Alors c'est simple : 31'53'' au 10 km de Villeurbanne 2011 et 1h09'42'' au semi de Vénissieux 2011 (sans doute la discipline sur laquelle je suis le plus fort, proportionnellement parlant). La région lyonnaise me réussit, on dirait.
Par ailleurs j'ai aussi réalisé 15'25'' sur 5000m en 2008. 
 

 

18 km 02


 Et le marathon ? 

On va considérer que mon expérience de 2000 à LaRochelle ne comptait pas, vues les circonstances. J'aurais voulu m'y mettre fin 2011 à Lausanne, mais mon genou m'a empêché de faire une préparation digne de ce nom... On verra en 2012, mais à terme, mon objectif chrono sera de me rapprocher de 2h25'00'' mais pour cela, il faudra aussi que j'abaisse un peu mes chronos sur 10 km et semi...

 

 

En continuant sur la piste et la route, tu penses pouvoir atteindre quel niveau ?

 
Mes objectifs "de carrière" sur la route sont 31'30'' sur 10km, 1h09'00'' sur semi et un rapproché de 2h25'00'' sur marathon.....mais ce sera difficile, je le sais. Pour cela, il faudra que j'abaisse aussi mes temps sur piste et j'essaierais de descendre à 4'05'' sur 1500m, à peine 8'50'' sur 3000m et 15'10'' sur 5000m. On verra bien, mais ce n'est pas gagné.


Quelles sont tes forces et tes faiblesses  ?

 
Forces : 
Le fait que je sois parfaitement conscient d'où je suis parti et le chemin parcouru pour arriver à ce que je suis. Même si j'ai progressé et que je suis passionné, je n'oublie pas que je cours pour mon plaisir et que c'est bien un loisir....
Ma grande lucidité quant à mon potentiel sur une course, mais aussi sur mes objectifs à long terme. Je me connais très bien.

Mon abnégation, ma motivation, et mon énorme mental dans les courses.
Ma grosse concentration qui me permet entre autre une belle régularité de rythme sur une course mais aussi dans mes performances.
Mon expérience qui commence à s'étoffer (surtout sur cross, route et course nature courte de moins de 25 km).
Mon humilité face à l'effort (et la difficulté de notre sport) qui me permet de rester mobilisé dans un entrainement ou une compétition, même lorsque je ne suis pas dans le coup... Me faire doubler par des gars que je bats habituellement, m'atteint bien moins que d'autres. 
Ma résistance à l'effort, ma capacité à enchainer les entrainements comme les compétitions par moment.
Ma bonne lecture des courses pour une stratégie souvent idéale (surtout sur la route).
Mon esprit collectif et surtout le fait que je trouve autant de plaisir à courir une compétition qu'à rencontrer tous les acteurs (athlètes et organisateurs) qui participent aussi dans la plus grande simplicité, tous égaux dans l'effort. 
Ma quadruple casquette d'athlète, coach, organisateur et officiel de course hors stade, qui me permet de voir la course sous tous ses angles.
 

 

 

jerome6

 


Faiblesses :
Mon asthme, a bien régressé, en grande partie grâce à mon entêtement dans un sport qui n'était pas fait pour moi. Cela dit, j'ai toujours une capacité respiratoire nettement inférieure à un athlète de mon niveau ce qui me contraint beaucoup dans mon effort. Je suis obligé de ventiler à grand bruit ce qui fait croire aux autres que je suis défoncé (même en footing)... Et dès fois, c'est le cas... héhé.
Mon pied : j'ai une longue foulée dégueulasse caractérisée par un corps très raide (pas de souplesse), lourd et très contracté sur le haut et une grosse attaque du talon, même sur de la piste (1000m...). Ce n'est pas du tout économique (sur un plan énergétique mais aussi question blessure).
Ma vitesse, calamiteuse car elle était mauvaise à la base et je ne l'ai jamais vraiment travaillée. Aujourd'hui, il est presque trop tard...
J'ai beaucoup de mal à programmer des périodes de repos dans l'année, et je fais sans doute trop de courses, car j'adore ça (entre 28 et 32 depuis 5 ans).
Le fait que j'ai du mal à me spécialiser sur un type d'épreuve précis... (je cours du 1000m piste au trail de 25 km en passant par le semi, le 10km et le cross long bien sûr). Mais cette diversité (propre à notre sport) est aussi une source de grand plaisir.


Avec ces performances et ton pied "plutôt passe-partout" on peut penser que tu peux performer en trail....alors, à quand le grand saut ?

Pied passe-partout... C'est toi qui le dis... héhé. C'est plus mon mental qui est passe partout. J'ai un très mauvais pied quelle que soit la discipline (cross, route, piste, nature...). Mon expérience, mon humilité face à la course, et mon gros esprit de compétiteur me permettent de changer un peu la donne. Je ne suis pas convaincu d'être taillé pour le trail. Quant on regarde le morphotype des "cadors", on a un coureur d'1m70-1m75, 55 à 65 kg, costaud en jambes et sec sur le haut du corps... Pour ma part, c'est 1m86, 75 kg; longues jambes fines et costaud sur le haut du corps. En gros, un profil de bucheron, pas super économique pour le long et le terrain merdique. J'arrive à m'en sortir lorsque les parcours sont plats, peu techniques avec peu de relances, car je suis très régulier, par contre, je perds beaucoup d'énergie dans les relances. Donc honnêtement, je doute que je sois vraiment profilé pour le trail pour l'instant en tout cas. Quelque part, ça m'arrange, car je souhaite poursuivre encore sur l'école de la route tant que je n'ai pas fini ma progression... J'espère juste que lorsque je m'y mettrais, "la mode" ne soit pas passée. Il faudra alors que je bosse sérieusement, la gestion de l'effort, ma foulée (pour qu'elle soit plus économique), les bosses et surtout les descentes (pour un maximum d'efficacité et un minimum de dépense énergétique). Y'a du boulot !!! héhé. Mais je n'aime pas faire les choses à moitié, surtout lorsqu'il s'agit de ma passion. 



 Mais, tu dois quand même avoir envie d'aller te confronter aux meilleurs traileurs non ?

 
Je sais que le niveau du trail a considérablement évolué ces dernières années. Tous les gars qui dominent dans cette discipline aujourd'hui ont des références sur la route oubien seraient capables de grosses perfs s'ils s'y mettaient. En plus, ils sont de plus en plus jeunes et pourtant expérimentés. On est plus du tout dans l'aire des Jacquerod -Sherpa qui étaient des purs trailleurs "sans vitesse". Je sais que le haut niveau en trail m'est inaccessible, il faut rester lucide. Mais oui, ce serait malgré tout sympa de voir l'écart que j'ai avec les cadors comme je suis toujours content de me confronter à la crème des routards ou même des crossmens (lors du mythique championnat de de France par exemple).
 

 


Un jérôme Delorme sur le TTN court dans 2 ou 3 ans alors ?


Ben, non, c'est encore trop tôt. désolé les gars. Si je veux explorer correctement le marathon, il faut absolument que je sois très sérieux et donc, que je ne me disperse pas sur la saison. Mais promis, j'y viendrais, dans une petite dizaine d'année, sans doute...

 

Et le long ?


Eh bien, après le court bien sûr....Mais ce n'est certainement pas une finalité en soit. Comme beaucoup, j'ai envie de savoir comment je vais me comporter sur du long et même de l'ultra (comme aujourd'hui, ça me fait marrer de m'essayer sur un 800m...question de curiosité). Mais si je vois que je ne suis pas du tout fait pour ça, eh bien, faites moi confiance pour redescendre très vite en distance. Je ne suis pas un adepte de "la Loi du toujours plus", si chère à bon nombre de trailleurs...


Merci Jérôme ! 



Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Guitoune 24/01/2012 11:17

Mais quelle pipelette ce Jérôme! Vivement le 3ème épisode...

Les muscles en haut du corps c'est quand même la classe pour choper. J'échange me bras de criquet et mon ventre mou quand tu veux Jérome ?


A+ dés que la neige aura fondu.

Le blog de 3D Trail -  Hébergé par Overblog