Rémy : UTMB 2011 - le récit

 

 

Contexte : Voici enfin le grand rendez-vous de l’année. Quasiment tous les meilleurs mondiaux des coureurs d’ultra-trail seront au départ. Une course qui promet d’être très relevée et indécise pour le podium.

La préparation s’est parfaitement déroulée avec un gros volume. Je suis donc prêt à en découdre.

Cependant, les mauvaises conditions météos le jour du départ contraignent les organisateurs à repousser l’horaire de l’épreuve (de 18h30 à 23h30). Le parcours prévu est pour le moment maintenu avec seulement une arrivée par le fond de vallée entre Vallorcine et Chamonix…

  

Objectif : Niveau 1 : objectif majeur.

Compte tenu des évolutions de parcours, difficile d’estimer un objectif de chrono (initialement 27h30). L’objectif devient donc le classement avec une place dans le Top50 voire Top40 si tout va bien.


Déroulement :

 

L'AVANT COURSE :

 

Comme bien souvent lorsqu’il s’agit d’un très gros objectif pour moi, j’essaie de tout mettre en œuvre pour réussir la meilleure perf possible. Ainsi, après un gros volume d’entrainement couplée à une alimentation sérieuse, j’ai effectué un petit « stage » de 4 jours en altitude (camping à 1900m et parcours jusqu’à 3000m) à moins de 15 jours de l’épreuve.

 

Ensuite, le samedi précédent la course, direction Chamonix pour une semaine sur place dans un gîte tout confort en compagnie de mes parents. J’aime bien arriver avant l’évènement afin de bien prendre mes repères et limiter le stress pour les derniers jours (trajet, retrait des dossards, …).

J’en profite aussi pour finaliser ma prépa sur la fin de parcours de l’UTMB en réalisant le dimanche la portion Vallorcine-Chamonix par La Tête aux Vents. Cette portion fut réalisée à allure cool en compagnie de Xavier (en fin de prépa TDS), mon père et Fanny.

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Les jours suivants, j’ai effectué quelques mini-footings et petites randos familiales.

 

Le mercredi, c’est le retrait des dossards et je m’y rends avec mon père, inscrit sur la CCC. Pas mal de monde et forcément un peu d’attente puisque le matériel obligatoire est bien souvent contrôlé par les bénévoles. Après une grosse demi-heure de queue, je suis contraint de faire demi-tour, car j’ai omis de me présenter avec ma carte d’identité. Grrr, il faudra revenir.

 

Un aller-retour au gîte et me voilà de retour ce coup-ci en compagnie de Christophe Dieval, qui partira le lendemain matin pour la TDS. Ce coup-ci, j’ai tout ce qu’il faut, mais je vais devoir attendre un peu pour mon dossard. Il va d’abord falloir passer par le contrôle anti-dopage. Je ne sais pas s’il s’agit du hasard ou de mon classement 2010 (26e) mais me voici en compagnie du médecin qui m’explique la procédure. 3 autres coureurs sont là aussi. Le but étant de déterminer le taux de globules rouges dans le sang. La limite tolérable est fixée à 50. Premier pique dans le doigt pour me prélever un peu de sang. Celui-ci est mis dans une mini éprouvette et passé à la centrifugeuse. Une fois le traitement terminé, les résultats sont annoncés : tous OK, sauf moi… En fait, mon éprouvette a vrillé et le sang s’est échapper. Il faut recommencer. Et c’est reparti sur un autre doigt. Finalement, tout sera OK (mon taux est à 45, soit l’un des meilleurs taux de ceux notés sur la feuille du médecin. Le stage en altitude a peut-être porté ses fruits) et je peux poursuivre mon retrait de dossard normalement.

 

Le jeudi est passé à me reposer et à finaliser mes sacs de course et d’assistance. Je décide d’ajouter une veste fine (Salomon Hoody) car je sais qu’avec la Gore Tex, j’ai très vite trop chaud. Au final, mon sac pèse 1.7kg sans l’eau. Soit 2.8kg avec les bidons remplis.

 

Durant cette dernière semaine, j’aurai apporté une attention particulière au bien être musculaire en utilisant la large gamme Weleda : bain défatigant, gel au cuivre, crème sani-pied, … De plus, j’aurai fait quelques séquences de Compex en mode massage de récupération.

 

Vendredi, Damien arrive sur place et nous rejoint au gite après son retrait de dossard. Nous finalisons nos derniers préparatifs et la pression commence à monter. Damien, teste entre autre ses magnifiques gants imperméables (admirez aussi sa boisson énergétique assortie aux gants).

P1030394 Le matin, nous avons reçu un message nous informant du report du départ entre 23h00 et minuit. Le parcours est annoncé inchangé jusqu’à Vallorcine, puis retour sur Chamonix par la Vallée. Cela me rappelle mon UTMB 2007. Cela me va bien, je pourrais ainsi comparer ma progression sur 4 ans.

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Un bon repas glucidique, et une petite sieste. Le départ étant confirmé à 23h30, nous nous rendons sur place vers 21h30. La pluie semble bien installée. Dépose des sacs pour Courmayeur, puis nous nous avançons vers le départ. Le sas n’est pas encore ouvert et nous attendons un peu à l’abri. Une fois que nous voyons des coureurs se placer, nous nous avançons afin d’être un peu aux avant-postes pour ne pas être gêné au départ. Mission accompli puisque nous sommes environ en 5e ou 6e ligne, juste derrière toutes les nombreuses têtes d’affiche. Nous avons le plaisir de voir l’arrivée de Nico Moyroud, qui en fini de sa belle CCC (bravo Nico).

 

Les discours sont brefs et l’hymne devenu mythique de l’UTMB (1492 – Vangelis) retentit. La pression monte indéniablement, et j’essaye un peu de dédramatisé cette grosse mise en scène afin de ne pas trop cogiter et perdre du jus inutilement en stress inutile. Le décompte est donné : « 5 – 4 – 3 - 2 – 1 » et nous voilà partit pour un effort long… très long. 

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LA COURSE :

 

 

  • Chamonix – Les Houches : 0h42’14

Je m’élance au côté de Damien, mais rapidement, je le perds un peu de vue en raison du grand nombre de coureurs. Je suis un peu gêné pour avancer normalement et je préfère ne pas me fatiguer à « forcer » le passage. Je patiente un peu et rejoins Damien un peu plus loin lorsque le peloton est un peu plus étalé. Nous prenons ensuite une allure de bon footing. Nous doublons et nous faisons doubler : chacun cherche à trouver sa place.

L’allure me semble conforme aux prévisions et nous nous efforçons de ne pas nous faire embarquer dans certaines portions.

Il pleut toujours pas mal, mais je commence à avoir assez chaud. J’hésite à enlever ma Gore Tex car le col de Voza nous fera gagner en altitude, mais me sentant trop gêné par cette chaleur étouffante, je change de veste et passe la légère Salomon Hoody (Merci Damien pour m’avoir tenu mon sac et mes bâtons). Je ne ressortirai plus ma GoreTex de l’épreuve.

Nous arrivons au ravito des Houches après 42’. Ma feuille de route prévoyait 40’ mais cette portion fut effectuée de nuit et sous la pluie, ce qui n’était pas prévu. L’allure est donc bonne, la course est lancée sur de bonnes bases.

 

Pas d’arrêt

 

  • Les Houches – Le Délevret : 0h54’56

Nous filons sans arrêt devant ce premier ravito et attaquons le premier col de notre périple. Il n’est pas très raide mais présente tout de même 800m+. Et l’effet de masse peut nous conduire à monter sur un trop gros rythme et nous épuiser. Je pensais initialement alterner pas mal course et marche dans cette ascension, mais je m’aperçois vite que les jambes n’ont pas trop envie de dérouler et nous ferons la quasi-totalité de l’ascension sur un bon rythme de marche, tout aussi efficace. Nous commençons également à nous alimenter avec sérieux. La concentration est encore très présente.

Nous pointons au sommet après 1h37 de course soit avec 4’ d’avance sur mes estimations.

 

125e - pas d’arrêt

 

  • Le Délevret  - St Gervais : 0h44’16

On bascule et attaquons la descente. Dès le début Damien me conseille de prendre mon rythme et de ne pas l’attendre. Je poursuis en pensant le revoir dès le bas de la descente, mais ce ne sera malheureusement pas le cas…

J’effectue cette descente avec pas mal de retenues, en craignant une chute ou une torsion de cheville. Le sol est bien trempé et l’obscurité n’arrange rien. Je gagne quelques places mais me fais aussi dépasser par quelques téméraires (dont la brésilienne Fernanda Maciel).

St Gervais et son ambiance de folie approche et je manque de me gaufrer en faisant une grosse glissade sur une grosse dalle en pierre… Je termine plus prudemment et arrive au premier gros ravito avec 6’ de retard sur ma feuille de route… La pluie n’a pas arrangé ma progression.

 

116e - 1’07 d’arrêt à St Gervais

 

  • St Gervais – Les Contamines : 1h10’32

Je zappe les tables mis à disposition par l’organisation et retrouve Fanny dans la zone d’assistance. Elle me donne 2 bidons (1 de boisson Hydrenergy4 et 1 d’eau) et 2 mini sandwich. Un bisou et je repars aussitôt en direction des Contamines.

Cette portion est un peu délicate à gérer car il faut courir pour ne pas perdre trop de temps, mais il faut rester prudent car ensuite les difficultés vont s’enchaîner.

Je trouve une allure où je me sens à l’aise et tente de maintenir ce degré d’effort sans me soucier des uns et des autres que je passe ou qui me dépassent, avec l’espoir de voir Damien pointer son nez à mes côtés…

Je retrouve bientôt Fernanda Maciel, accompagnée par un groupe d’hommes qui semblent caler leur allure sur elle. Je continue d’être vigilent à mon alimentation et à mes prises de pastilles anti-crampes.

Le village des Contamines arrive et je suis satisfait de cette portion. La forme semble arriver au meilleur endroit car pour moi, la course débute après les Contamines, une fois que nous rentrons véritablement dans la montagne.

Je passe au pointage avec 2’ de retard sur mes prévisions (soit 4’ de récupérées) et je me sens d’attaque et motivé pour la suite.

 

97e – 2’53 d’arrêt aux Contamines

 

  • Les Contamines – La Balme : 1h10’24

Au ravitaillement, je prends un peu de soupe de pâtes et retrouve Fanny pour un échange de bidons (encore H4 et eau). J’ajoute 2 barres banane dans ma poche ventrale et Fanny me passe une paire de gants plus chaude et je me fixe une pochette à la bretelle. Cette pochette est remplie de 6 minis sandwiches pour la nuit. UTMB 0155

Je repars en remerciant Fanny et Caro pour leur soutien et en leur souhaitant un bon repos car pour elles aussi, la journée du lendemain va être très longue.

La portion jusqu’à Notre Dame de la Gorge sera assez vite avalée, sans grande attention. Je suis déjà focalisé sur l’ascension du Bonhomme.

Voici enfin le pied de la côte. Je prends rapidement un bon pas de marche et assure un tempo qui me permet de me détacher des coureurs qui m’accompagnent.

Mais dès que la pente devient moins raide, certains relancent (dont Fernanda) et reviennent à ma hauteur. Toutefois les passages roulants sont plutôt rares et je me retrouve vite seul. Je me sens bien à l’aise sur ce rythme de marche et je pense que le gros volume d’entraînement de cet été n’y est pas étranger. Cependant, j’ai du mal à relancer en trottinant, preuve que ce n’est peut-être pas un si bon jour que ça…

Le refuge de La Balme est bientôt en visu et le chemin est moins raide. Je devrais trottiner, mais je continue de marcher si bien que Fernanda Maciel me rejoint. Nous arrivons au ravitaillement en même temps.

 

83e – 2’12 d’arrêt à la Balme

 

  • La Balme – Refuge du col de la Croix du Bonhomme : 1h12’54

Au ravito, je décide de manger un peu et je pioche par-ci, par-là, en espérant trouver un truc qui me donne le tonus qu’il me manque. Soupe de pâtes, charcuterie, thé et raisins secs, me voilà reparti.

La portion qui suit et un peu plus raide et accidentée. Du coup, je reviens rapidement sur Fernanda ainsi que sur quelques autres coureurs cherchant à assurer leurs appuis. Il n’est pas forcément évident de doubler et j’attends que le chemin s’élargisse pour retrouver mon allure et distancer tout ce petit groupe, alors que le sol est à présent recouvert d’une fine couche de neige.

Je passe le col du Bonhomme et entame la montée au col de la Croix du Bonhomme. Il fait assez froid, mais je sais que cela ne durera pas longtemps et je préfère ne pas changer de veste. Le final n’est pas très raide et je me fais violence pour courir un peu lorsque je vois que derrière, le groupe n’est pas loin et qu’il trottine entièrement.

 

71e - pas d’arrêt

 

  • Refuge du col de la Croix du Bonhomme – Les Chapieux : 0h39’16

Je fais la bascule seul et entame la descente sur les Chapieux. J’avoue ne pas avoir bien chaud mais je sais que cela ne durera pas. Mes mains sont vraiment gelées et j’ai du mal à les bouger…

Cette descente peut-être assez piégeuse car on a vite fait de s’entraver ou de glisser. D’ailleurs, sur un passage de grosses pierres, le gel me surprend et je m’étale au sol, sans dégât heureusement.

J’assure donc la suite d’autant que cette descente est parfaite pour se flinguer les quadris si on l’attaque de trop. Peu à peu, mes mains redeviennent à peu près en état normal. Je suis détendu et profite d’un passage calme pour un « arrêt pipi ». Cet arrêt profite à 2 coureurs (dont Fernanda à nouveau).

Je continue tranquillement et pense à bien m’hydrater malgré le froid. D’ailleurs, je suis surpris qu’il me reste si peu de boisson dans l’une de mes gourdes car il ne me semblait pas avoir tant bu… Un peu plus loin, je rattrape un coureur japonais. Nous arrivons ensemble au ravitaillement des Chapieux.

 

73e - 4’42 d’arrêt aux Chapieux

 

  • Les Chapieux – Col de la Seigne : 1h47’50

Premier ravitaillement sans assistance. Je m’empresse de recharger mes bidons : 1 d’eau et 1 de boisson H4. Ensuite direction la soupe de pâte, puis le solide où je ne sais que choisir. Je n’ai pas forcément très faim, mais me force à manger un peu de salé. Je repars en discutant avec un coureur (Serge Locatelli). Je l’ignore encore, mais nous aurons l’occasion de pas mal discuter dans le reste de la journée.

Un fois sorti du ravitaillement, il y a un contrôle d’une partie de matos obligatoire. Il faut juste montrer le téléphone portable. Le mien est dans un plastique tout au fond du sac. Je perds un peu de temps pour le sortir puis au moment de partir, la bénévole me signale que l’un de mes bidons fuit… Après examen, je m’aperçois qu’il est percé à sa base (probablement lors de ma chute). Mince, et dire que je n’ai pas mis de bidons à Courmayeur. Je suis obligé d’attendre de revoir Fanny à La Fouly pour changer de bidon. Heureusement, il y a possibilité de retourner le bidon. Ça fuit encore un peu, mais ça limite beaucoup.

Je repars un peu dans l’inconnu (car avec un seul bidon, c’est un peu juste…), en privilégiant le bidon percé pour boire et ainsi éviter d’en perdre trop en route.

Sur la petite route qui mène à La Ville des Glaciers, j’alterne marche et un peu de course (toujours avec de la peine). Un vélo me rattrape et l’on discute un peu. Il s’agit d’un photographe de Petzl qui fait quelques photos de l’épreuve. On papote un peu, puis la route devenant légèrement moins roulante, il décide de me laisser tranquille. Je poursuis avec une sensation bizarre de sommeil un peu lointaine…

J’observe avec beaucoup de plaisir le lever de soleil sur les glaciers alentours. C’est magnifique. Finalement, ce changement d’heure aura au moins eu l’avantage de nous avoir offert des paysages que nous ne traversions que la nuit en temps normal.

Après la Ville des Glacier, voici enfin l’ascension du Col de la Seigne qui débute. Derrière c’est un peu revenu et je vois que je n’ai pas bien d’avance sur un petit groupe de 4-5 coureurs. J’augmente un peu mon allure d’ascension.

J’observe de temps en temps derrière et je vois que je « fais le trou » sauf sur l’un d’eux qui avance sur un gros gros rythme… Je n’accélère pas mais maintiens une bonne cadence.

Un peu avant le sommet, le coureur me rejoint et je vois de suite qu’il s’et bien employé pour arriver à ma hauteur lorsqu’il me dit : « punaise, t’as la caisse toi ! ». Ça me surprend un peu puisqu’il est monté plus vite que moi… Je regarde son dossard et vois qu’il s’agit de Frédéric Desplanches (dossard 35). Du coup on discute un peu du Challenge Hero qu’il a remporté à 2 reprises et on arrive au col ensemble.

 

71e - pas d’arrêt

 

  • Col de la Seigne : Lac Combal : 0h29’29

Le sol est bien gelé sur ce col et on entame la descente avec prudence. Frédéric semble moins à l’aise que moi et il me laisse le passage. Sans le vouloir, je me détache assez rapidement. Je n’ai vraiment pas l’impression d’aller bien vite, en raison de cette sensation de sommeil qui devient bien pesante, mais malgré tout je grignote quelques places. J’ai malgré tout bon espoir que le soleil fasse son effet et que mon corps se réveille un peu.

Je suis également un peu en soucis, car depuis un petit moment, je commence à avoir quelques douleurs sous les pieds, un peu comme des ampoules (choses que je n’ai que vraiment rarement). De plus, mon corsaire me procure des irritations à l’aine et entre les fesses… Zut, c’est mal parti cette journée.

 

67e – 5’52 d’arrêt au lac Combal

 

  • Lac Combal – Arête Mont Favre : 0h55’40

Arrivée au Lac Combal, je fais le plein de mes bidons (avec toujours un bidon percé et retourné), puis bois un peu de thé en espérant que ça fasse passer le sommeil. Je change de gants en mettant les secs car mes mains sont encore un peu fraîches, et je mange un peu de fruits secs et de biscuits salés.

Je repars en marchant sur le chemin bien plat. Je n’ai vraiment pas le goût de courir alors que je m’en sens vraiment capable. C’est assez ambigu comme sensation. D’ailleurs, je commence à prendre conscience que je risque de ne pas pouvoir aller au bout, mes irritations et mes pieds devenant encore plus douloureux.

De toute façon, pour le moment, hors de question d’abandonner. Au pire, si ça ne va pas, je me dis que je peux faire une pause et poursuivre avec Damien, que j’imagine pas bien loin derrière. Je me dis qu’à 2, ce sera une belle expérience.

Alors que je pense à tout ça, je me rends compte que je me trouve bien léger, et j’ai le sentiment d’avoir oublié quelque chose. Effectivement, j’ai laissé mes bâtons au lac Combal.

Demi-tour et direction le poste de contrôle à petites foulées. Du coup, je me surprends à courir sans soucis.

Une fois les bâtons récupérés (seulement 5’ de perdues, ça va), c’est reparti en alternant beaucoup de marche rapide et un peu de footing.

J’attaque l’ascension de l’Arrête du Mont-Favre assez en confiance, même si je me sens un peu faiblir au niveau digestif… Je monte sur un rythme correct et reprends 3-4 places. Mais une fois en haut je me sens un peu plus faible que prévu.

 

72e – pas d’arrêt

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  • Arête Mont Favre – Col Chercrouit : 0h31’58

Je suis content qu’il y ait une bonne section de descente, car j’ai besoin de récupérer paisiblement. Je descends tranquillement à petites foulées. Autant je m’habitue un peu à la douleur des pieds et des irritations, autant cette sensation de sommeil me perturbe beaucoup et m’inhibe ma motivation. Je sens que j’avance moins vite que ce dont je suis capable, car musculairement je me sens vraiment bien. Je me mets même à marcher dans des portions sans aucunes difficultés. Le moral est assez bas, car je me doute que les choses ne vont pas aller forcément en s’arrangeant.

Le Col Chercrouit arrive et je me dis qu’il va falloir faire quelque chose.

 

76e - 1’43 d’arrêt au col Chercrouit

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  • Col Chercrouit – Courmayeur : 0h30’27

En principe, j’essaye de ne pas m’arrêter à ce ravitaillement qui n’a pas beaucoup d’intérêt vu que Courmayeur se trouve en bas de la descente. Mais aujourd’hui, je préfère ne pas attendre Courmayeur pour essayer de me réveiller un peu.

Les bénévoles sont supers sympas et je décide de me faire un petit déjeuner express : une bonne tasse de café et une tartine de pain complet avec du miel italien. Humm, un régal. Le moral va déjà mieux.

Je repars tranquilou en sirotant ma tasse. Peu à peu, je sens que ça va légèrement mieux.

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La descente est agréable et étant à l’aise musculairement, cela me permet de reprendre quelques places. Il commence à faire un peu plus chaud et j’ai hâte d’arriver à Courmayeur pour enlever mon corsaire et passer un short. D’autant que les frottements deviennent vraiment très gênants.

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Petite virée dans la ville et me voilà au centre sportif de Dolonne. Mon ami Christophe Dieval est là, malgré le manque de sommeil suite à sa TDS. Merci Christophe.

 

73e - 18’00 d’arrêt à Courmayeur

 

  • Courmayeur – Bertone : 1h27’11

Christophe me renseigne sur mes temps de passage. J’ai un peu d’avance sur mes prévisions (20’). Je rentre rapidement dans le gymnase avec mon sac d’assistance et cherche en priorité l’endroit pour me changer. Dans le petit « vestiaire », je retrouve Serge Locatelli que j’avais croisé aux Chapieux. J’avais prévu de m’arrêter peu de temps, mais là, vu les circonstances, je suis obligé d’allonger un peu mon arrêt. Pour faire rapide, j’essaie de procéder par ordre. Premièrement, j’enlève mon corsaire et passe mon short compressif. J’en profite aussi pour me badigeonner les endroits irrités par les frottements avec de la Nok. Une fois habillé, je range dois replier ma veste Goretex correctement dans mon sac afin de pouvoir faire tenir mon corsaire et être conforme au règlement. Je repose ma paire de gants chauds que j’avais pris aux Contamines dans mon sac d’assistance (et conserve les gants du départ) et change les piles de ma frontale. Ainsi, je serai opérationnel lorsque la nuit tombera. J’enlève ensuite ma sacoche de bretelle (que je mets dans mon sac d’assistance) et je rempli la ventrale de barres à la banane. Avec un bout de sparadrap anti-frottement, j’essaie de rafistoler tant bien que mal mon bidon percé. C’est pas top, mais ça limitera la fuite jusqu’à La Fouly. Une fois mon sac OK, je file aux WC pour profiter du confort d’un toilette… J’en profite aussi pour me passer de l’eau fraîche sur le visage, ce qui me fait un bien fou.

Il est ensuite temps de recharger mes bidons et de manger un peu. D’ailleurs, je ne grignote pas grand-chose, rien ne me fait trop envie. Je prends une poignée de raisins secs et quelques Tucs et ressors retrouver Christophe. La pause fut un peu longue (18’) mais nécessaire pour poursuivre dans de bonnes conditions.

Dehors, je repars et Christophe m’accompagne un peu. On discute un peu, ça fait du bien de se sentir soutenu. Christophe me laisse filer et l’on se donne rendez-vous à Arnuva.

Une fois seul, il faut attaquer l’ascension sur Bertone. Comme depuis le début, les jambes vont bien, mais je n’ai pas le goût à courir.

Derrière, 2 coureurs me dépassent en trottinant. Je reconnais d’ailleurs François Lachaux (qui avait fini juste derrière moi l’an dernier). Je ne m’accroche pas et continue sur ma marche rapide.

Le goudron laisse enfin place à la terre et la pente augmente sensiblement. Je reviens relativement rapidement à la hauteur de François et nous bavardons brièvement. Mais, dans un passage étroit, il me laisse passer devant et cède un peu de terrain. Je poursuis l’ascension à mon allure et grignote encore 2 places. J’ai hâte de voir la fin de la montée car je sens que progressivement mes forces me lâchent un peu.

Heureusement, le ravitaillement arrive assez vite.

 

70e - 3’54 d’arrêt à Bertone

 

  • Bertone – Bonatti : 1h08’32

Une fois au ravito, je prends un verre de coca et pour la première fois de la course, je m’assois sur un banc. Ouhh, ça fait du bien.

Une fois à peine reposé, je prends conscience que plusieurs coureurs arrivent au ravito. Je ne souhaite pas spécialement perdre trop de places et je repars faiblement. Je suis en compagnie d’une féminine américaine prénommée Darcy (qui finira 3e). On discute un peu mais je n’ai pas trop la force de chercher dans mes souvenirs d’anglais et la conversation est vite limitée…

Le chemin est assez roulant et agréable. Je me force à relancer tranquillement dès que possible. Cela s’avère payant puisque je remonte sur les quelques coureurs qui m’ont dépassé durant ma pause de Bertone.

Je reviens entre autre à la hauteur de François Lachaux, qui me dit qu’il n’est pas au mieux (hypo semble-t-il). De mon côté, ma forme stagne et j’en profite pour rejoindre le ravito de Bonatti après une bonne petite côte bien négociée.

 

67e - 1’06 d’arrêt à Bonatti

 

  • Bonatti – Arnuva : 0h45’01

Je ne m’attarde pas ici et repars après avoir bu 2 verres de coca. Je quitte le ravitaillement en compagnie de Serge Locatelli, une nouvelle fois.

Dans cette portion plutôt descendante, j’arrive à pas mal trottiner. Cela me permet de gagner un peu de place. Je dépasse notamment Karine Herry en l’encourageant, mais elle ne semble pas au mieux et ne me regarde même pas…

J’amorce la descente sur Arnuva, les pieds me font assez souffrir mais j’arrive à faire une descente correcte en gagnant 2 nouvelles places.

 

62e - 5’25 d’arrêt à Arnuva

 

  • Arnuva – Grand Col Ferret : 1h14’05

 

Au ravitaillement d’Arnuva, Christophe est une nouvelle fois présent. Il me dit que j’ai encore de l’avance sur mes prévisions, et qu’il me trouve un peu mieux qu’à Courmayeur. Il me donne quelques barres et me rempli mes bidons, puis me remotive pour la suite. Un vrai chef !

J’attaque enfin l’ascension de ce fameux Col Ferret. Je sais qu’un fois franchi, j’aurai fait un grand pas vers Chamonix, puisque la longue descente qui suit devrait me permettre de me refaire un peu la santé.

J’essaie de prendre d’entrée un tempo tenable jusqu’en haut. Je remonte à la hauteur de quelques coureurs, tous étranger : un allemand, un espagnol, un polonais, un japonais… Je suis vraiment étonné par le nombre de coureurs étrangers . C’est vraiment une course très internationale.

Je suis aussi étonné qu’il y ait encore autant de monde si proche. En 2007, il me semble que les écarts étaient plus conséquents à ce niveau de la course.

J’arrive à maintenir à peu près on rythme d’ascension, sauf vers la fin où je sens qu’il faut que je ralentisse un peu pour ne pas connaître trop de nausées… Serge, puissant en montée, en profite pour me dépasser

Il fait de plus en plus frais au fur et à mesure que le sommet se rapproche et j’attends bêtement le passage du col pour mettre ma veste Hoody.

 

57e - 1’12 d’arrêt au Grand Col Ferret

 

  • Grand Col Ferret – La Fouly : 1h29’28

Au col, le vent est bien plus fort et très frais,  je mets donc ma veste. Mais je galère un peu à cause du vent et de mes mains glacées… J’aurai mieux fait de la mettre plus tôt.

Voici enfin la très longue descente sur La Fouly. Je prends une allure relativement paisible afin de faire disparaître mes débuts de nausées. Le vent frais est d’ailleurs le bienvenu.

Ensuite, je profite de ce moment calme pour me restaurer un peu.

Avant La Peule, je vois que je reviens peu à peu sur 2 coureurs, Serge et un espagnol. Mais bientôt, on attaque le nouveau tracé pour rejoindre La Fouly et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est bien moins roulant qu’avant. Le chemin en balcon présente quelques petites bosses à bien négocier, puis après une descente un peu raide, on traverse la route. Il faut ensuite remonter le long d’un champ avant de plonger sur la Fouly. De vraies montagnes russes. Certes, c’est plus varié que le fond de vallée habituel, mais moralement, c’est très dur car on en voit pas le bout. Mais je ne suis pas le seul à subir ce passage puisque je gagne une place et garde Serge et l’espagnol en visu.

Après quelques lacets en descente, me voilà à La Fouly.

Je retrouve ici une grosse délégation venue me soutenir. Mon père m’accompagne sur les derniers mètres, puis j’aperçois Arnaud et sa famille, Romain, Caro… Je file sous la tente où m’attend Fanny.

 

56e - 7’55 d’arrêt à La Fouly

 

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  • La Fouly – Champex : 2h03’39

On reprend les habitudes du début de course avec un échange de bidon. Je suis bien content de me débarrasser enfin de mon bidon percé. Ça évite du stress inutile. Ensuite je recharge un peu ma sacoche de barres. Je prends également la Nok pour tartiner à nouveau les irritations. J’informe Fanny que je suis un peu dans le dur depuis l’Italie et elle me fait part de la fin de parcours modifiée, mais sans posséder tous les détails du nouveau tracé. Cependant, le fait d’éviter Bovine me laisse présager une fin moins exigeante et plus rapide (grosse erreur !).

UTMB 0163

ALG UTMB 201108-050

photo : ALG

 

Puis je grignote 2 ou 3 trucs salés et je repars en demandant quelques nouvelles de Damien à Caro. Aïe, il semble souffrir mais tant qu’il est encore en course c’est plutôt bon signe.

Je quitte La Fouly  un peu en soucis pour Damien, mais j'essaye de me replonger dans ma course. Heureusement, j’aperçois au loin Serge et un coureur étranger. A ma grande surprise, je reviens plutôt aisément sur eux.

Je sais que le parcours sera très roulant jusqu’à la petite bosse avant Champex, et qu’il faut courir un maximum pour ne pas perdre trop de temps. Musculairement, je suis toujours très bien. Mes pieds me font toujours un peu souffrir selon les appuis mais je peux trouver une foulée plutôt efficace qui me permet de distancer mes 2 compères.

Mais en faux plat, je sens que je ne peux trop courir sous peine de raviver les nausées. Je préfère donc retrouver un rythme de marche rapide, ce qui permet à Serge de me rejoindre en trottinant. Je m’accroche un peu et on discute pas mal de la course, de nos régions (il est de Sochaux), du nouveau tracé à venir (il n’était pas au courant)…

On arrive bientôt dans les hameaux de Praz de Fort, où plusieurs enfants ont dressé des ravitaillements « clandestins ». C’est super sympa et on les remercie, mais l’on ne s’arrête pas. Petit à petit, j’allonge un peu la foulée (tout est relatif après 120km…) et fausse compagnie à Serge. Je dépasse un coureur puis revient à la hauteur d’un coureur Polonais, juste au moment d’attaquer la remontée sur Champex.

Cette montée n’est pas forcément très longue ni très raide, mais elle n’est pas à négliger. Je ne me sens pas trop mal et marche d’un bon pas ce qui me permet de aire un petit écart sur le coureur polonais. Mais il relance en trottinant régulièrement et recolle à chaque passage roulant.

Vers la fin de l’ascension, il perd un peu plus de terrain tandis que j’entends au loin des cris d’encouragements. Une fois à proximité du ravitaillement, j’ai la très bonne surprise de voir mon pote Jean, brandissant une banderole d’encouragements. Ça fait plaisir d’autant qu’il y a aussi mon père et Christophe qui sont là. Fanny, quant à elle, se trouve sous la tente de ravitaillement et je file la rejoindre, tandis que Maud Gobert puis Bastien Bravais en ressortent.

 

45e - 5’37 d’arrêt à Champex-Lac

 

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  • Champex – Martigny : 2h21’10

Pendant qu’on échange mes bidons vides par des pleins, j’essaye de savoir un peu la suite du parcours. Fanny m’explique qu’il devrait y avoir 1000m- pour rejoindre Martigny puis 1000m+ pour retrouver le Col de la Forclaz et l’ancien tracé.

Je mange vite fait et me voilà reparti, chaudement encouragé par mon « fan club ».

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Un peu plus loin, je mets de nouveau ma veste car le froid se fait sentir. Je peine à courir après le lac et préfère prendre un gros rythme de marche. Lorsque le chemin descend un peu, je m’efforce de re-trotiner un peu, mais mentalement c’est dur dans ces longues lignes droites…

Enfin, la pente descendante s’accentue un peu et je parviens à mieux courir. Je dépasse Fernanda Maciel en l’encourageant mais elle me fait part de troubles digestifs… Sous mes pieds, j’ai l’impression d’avoir percé une ampoule sur un appui et cela est à présent moins douloureux. Musculairement, je ne ressens pas trop de fatigue, je vais donc profiter de ce passage pour gagner un peu de temps.

En effet, j’effectue une descente très correcte. En plus, le parcours coupe à plusieurs reprise la route et mon « Fan Club » est très souvent là pour m’encourager et me dire que devant, les gars n’arrive plus à descendre… Je ne m’emballe pas et continue à mon rythme.

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Effectivement, je double quelques coureurs dans cette portion (Renaud Rouanet, un américain, …). Sur la fin de cette descente, je reviens sur Maud Gobert. Elle n’a pas l’air très fraîche et je l’informe que derrière, la féminine doit être assez loin et qu’elle peut gérer son effort tranquillement.

On traverse ensuite un village et continuons sur une route goudronnée montant entre les vignes. Dans ma tête, nous venons de traverser Martigny et remontons sur La Forclaz. 3 coureurs sont 150m devant moi mais je prends une allure calme pour cette ascension, car je sens que je risque de craquer si je prends une trop grosse allure. Les 3 coureurs s’éloignent, mais j’en rattraperai finalement 1 un peu plus loin.

Après environ 400m+, je suis surpris que le tracé redescende. Lorsque j’aperçois une ville assez importante en contrebas, je comprends mon erreur : je n’arrive que maintenant sur Martigny et la petite bosse de 400m+ n’était qu’un petit bonus (inutile ?).

J’enfile ma frontale, descends un peu démoralisé et rentre sous la tente de ravitaillement.

 

34e - 4’14 d’arrêt à Martigny

 

  • Martigny – Trient : 1h57’12

J’y retrouve Fanny, toujours au Top ainsi que Christophe, Jean et mon père. Un coureur est là. Il se restaure. J’essaie de manger un peu de charcuterie, mais rien ne passe trop. Je fais part à Fanny que je commence à en avoir bien marre et que j’ai hâte d’arriver…

Je repars dans la nuit dans le centre de Martigny. Le chemin, n’est pas très clair et j’hésite un peu. Derrière, le coureur qui était au ravitaillement me rejoint ; nous progressons ensemble, c’est un peu mieux pour trouver le bon chemin. Il s’agit d’un coureur américain, mais parlant très bien français : Fabrice. Je lui dis qu’en montée, je commence à avoir du mal et je m’attends à le voir s’envoler, mais en fait son rythme et sa compagnie me conviennent bien. On échange pas mal sur les courses de France et celles des USA. Le début d’ascension passe de ce fait plutôt rapidement.

Comme nous ne connaissons pas l’altitude du col, nous imaginons être arrivés après chaque virage. Mais, ce col est bien plus haut qu’espéré et l’ascension devient vite interminable. Fabrice me rassure en me disant qu’il s’agit de la dernière grosse difficulté car après Trient, il a entendu que l’on ne montera que de 200 à 300m avant de basculer sur Vallorcine. Cette nouvelle me remonte le moral, car je commençais à redouter l’ascension jusqu’à Catogne.

Nous arrivons enfin au col de la Forclaz. Fanny, Jean, Christophe et mon père sont une nouvelle fois là pour m’encourager. Fabrice relance en trottinant et je m’efforce de le suivre tandis que je vois Serge qui en finit lui aussi avec ce col.

Voici enfin la descente sur Trient. J’essaye de descendre sur un bon rythme mais mes douleurs aux pieds m’obligent à limiter les chocs. Toutefois, je distance rapidement Fabrice qui me dit vouloir réserver ses cuisses pour la petite bosse à venir.

J’arrive sur la route et poursuis jusqu’au ravitaillement de Trient où l’ambiance est comme d’habitude très chaleureuse.

 

32e - 7’58 d’arrêt à Trient

 

  • Trient – Catogne : 1h34’23

 

Fanny est là pour m’accueillir, le reste de la troupe également et ça fait toujours autant plaisir. Je profite de ce point de passage pour regarder sur l’écran projeté ma place (32e) ainsi que le classement des premiers arrivés (bravo une nouvelle fois à Killian).

Je mange à peine et prends des bidons pleins auprès de Fanny. Egalement 1 barre ou 2.

Avant de repartir, je préfère m’assurer de ce qu’il reste à faire et je demande confirmation à un responsable du poste sur le fait que nous n’avons que 200 à 300m+ à effectuer avant Vallorcine. Malheureusement, il m’informe que non. Le parcours monte bien jusqu’au sommet de Catogne (800m+). Mon moral en prend un coup… Je n’ai plus beaucoup de force ni de volonté et ça se voit. Christophe me suggère de faire une bonne pause, mais je préfère ne pas rester à l’arrêt. Autant marcher au ralenti, au moins j’avance un peu.

Alors que Serge arrive au ravito, je repars le moral dans les chaussettes et m’attends à peiner terriblement dans cette ascension.

Effectivement dès le début de la pente, je sens un gros manque de jus et de volonté, avec toujours ce sommeil qui persiste. Je trouve une allure très lente que j’arrive à tenir tant bien que mal. Je ne cesse de regarder mon altimètre, mais ça ne défile vraiment pas vite.

Au niveau de la moitié de l’ascension, Serge me dépose en m’encourageant à le suivre, mais je n’essaye même pas d’y penser. Je m’attends ensuite à ce que les frontales reviennent nombreuses de l’arrière, mais finalement, à ma grande surprise, j’arrive à légèrement accélérer dès la sortie de la forêt.

La fin de l’ascension est un peu plus roulante et j’arrive à relancer un peu par moment, si bien que j’ai de nouveau Serge en point de mire, ainsi qu’un coureur américain, qui semble à la peine.

Le sommet est passé et je me dirige au pointage juste un peu plus bas.

 

30e - pas d’arrêt

 

  • Catogne – Vallorcine : 0h53’05

 

Bien content d’avoir franchi cette dernière grosse difficulté car je sais qu’à présent, ça devrait le faire pour rallier Chamonix.

J’essaie de trottiner un maximum malgré les pieds de plus en plus douloureux en raison de certaines parties un peu en devers. En revanche musculairement, toujours pas de douleur, ni trop de fatigue. Je reviens assez vite sur le coureur américain qui semble avoir 2 jambes de bois… un peu plus loin, je retrouve Serge qui me dit qu’il n’arrive plus à descendre. Mais comme nous entamons une portion plate, il faut que je m’accroche pour pouvoir le suivre.

Cette portion me paraît interminable et j’ai hâte de plonger sur Vallorcine.

Enfin, nous entamons la « vraie » descente, et Serge me laisse passer, se sentant moins à l’aise. Je souffre au début un peu en raison des racines qui me donnent des appuis douloureux, mais lorsque le chemin devient plus « propre », je parviens à dérouler un peu mieux. Je sais que je ne dois rien lâcher dans cette descente car c’est là que je peux grappiller du temps et assurer mon classement. Entre Vallorcine et Chamonix, je me doute qu’il me sera impossible d’être plus rapide que quelques autres coureurs de derrière.

Un peu plus loin, je ressors de la forêt et aperçois Vallorcine juste en dessous. Une descente assez raide mais courte m’amène à l’entrée du village d’où j’entends beaucoup d’encouragements.

En effet, une fois en bas, je m’aperçois que ma troupe de soutien s’est encore agrandie : Jean, Christophe, mon père, mais aussi Arnaud, Nicolas (d’ETA) et Guillaume (ayant fait le déplacement pour voir la fin de course)… Vraiment, je suis gâté. Mais pas trop le temps de bavarder et je trottine jusqu’à la tente où m’attend Fanny.

 

28e - 1’27 d’arrêt à Vallorcine

  ALG UTMB 201108-124

 photo : ALG

ALG UTMB 201108-126

photo : ALG

  • Vallorcine – Argentière : 0h59’50

 

Belle acclamation en rentrant sous la tente. Fanny m’encourage et me motive, tout en échangeant mes bidons. Je grignote quelques gâteaux salés et repars en direction d’Argentière. Mais avant, il faudra passer le petit col des Montets. En partant, je préviens Fanny que je ne m’arrêterai pas à Argentière et qu’il me faudra juste quelques Tucs et 2 pastilles de vitamine C, pour lutter contre le sommeil.

Ce Col des Montets est tout à fait courable, d’autant que le chemin est bien dégagé. Mais je sens que si je force un peu trop, les nausées vont faire leur apparition. J’opte plutôt pour un bon pas de marche bien appuyé. De cette façon, je n’ai pas trop l’impression de forcer.

Le col est bientôt en vue et j’aperçois Christophe, Arnaud et Guillaume qui m’attendent puis m’accompagne jusqu’à la route. Ensuite je retrouve le reste de la troupe. On se donne rendez-vous sur Argentière.

Là encore, je sais que je peux gagner du temps dans ce passage un peu descendant. J’essaie de ne plus penser à mes douleurs aux pieds et cours un maximum jusqu’à Argentière. Je rentre dans le village accompagné d’un bénévole qui m’encourage et qui a même du mal à courir à mes côtés (bon, faut dire qu’il n’avait pas l’air bien sportif…).

 

27e - pas d’arrêt

 

  • Argentière – Chamonix : 1h37’12

 

Je croise Fanny qui me donne des Tucs et de la vitamine C et repars aussitôt. Arnaud et Guillaume m’accompagnant jusqu’au début du sentier du petit balcon sud.

Voici enfin la dernière portion, mais je sais que je ne suis pas encore arrivée et que ce chemin peut-être assez vallonné.

Sur le début, le parcours n’est pas forcément difficile, mais le sol est parsemé de racines et de petites pierres qui me font vraiment mal aux pieds… je m’efforce de courir de temps en temps, mais les appuis sont trop douloureux pour tenir plus de 20 secondes.

Je guette les panneaux de randonnée pour savoir un peu le temps qu’il me reste à parcourir, mais ceux-ci me démoralisent car j’ai l’impression de ne pas avancer entre 2 panneaux…

J’arrive bientôt au niveau du golf des Praz et j’espère que l’arrivée sera vite là. Mais c’était sans compter avec cette maudite remontée de quasiment 200m+. Je la réalise sans force, sans envie,… Une fois en haut je reconnais le final du parcours « normal », juste en dessous du chalet de la Floria. Je sais que l’arrivée peut être vite là si je cours.

Mais malgré le chemin peu accidenté, je n’ai plus la force de me faire autant souffrir. J’alterne donc quelques foulées peu supportables et de la marche rapide dans cette descente, en ne cessant de me retourner pour guetter un éventuel retour (ce qui ne m’aurait pas étonné).

Je rejoins enfin le bitume synonyme d’entrée dans Chamonix. Le sol lisse me permet de recourir de façon acceptable. Je longe ensuite l’Arve puis arrive au niveau des chalets du « Salon de l’Ultra Trail ». La toute petite remontée qui suit ne peut s’effectuer en courant. Une fois dans la rue commerçante, Guillaume m’accueille et je re-trottine un peu. Je retrouve ensuite toute ma délégation à laquelle sont venues s’ajouter ma mère et ma fille.

Petite boucle dans Chamonix endormi, et me voici enfin dans la dernière ligne droite.

Je demande à Fanny de m’accompagner jusqu’à la ligne d’arrivée (avec notre fille) car je sais que sans elle, je n’aurai pas pu réaliser un tel résultat.

 

Chamonix – 27e – 28h20’44

 

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 ALG UTMB 201108-138

 

 

 

 

ANALYSE DE COURSE

 

Points positifs :

  • Le classement. Vu le plateau au départ de l’épreuve, je n’imaginais pas pouvoir intégrer le Top30.
  • Le soutien permanent que j’ai obtenu de la part de mes proches.
  • L’entrainement a vraiment porté ses fruits, car vu mes sensations de course, je considère que ce résultat est en grande partie dû à mon entrainement parfaitement adapté.
  • Musculairement, je n’ai eu aucune douleur. Plus étonnant même, je n’ai jamais senti de faiblesse à ce niveau. Merci au gros volume d’entrainement, aux pastilles Decramp et à la compression Salomon pour les quadris et Compressport pour les mollets.
  • L’alimentation : j’ai réussi à m’alimenter sans soucis durant toute la course. Quelques fois je sentais que s’était limite, mais j’ai toujours réussi à gérer mon effort pour ne pas que les nausées ne s’installent et que je ne puisse plus m’alimenter
  • L’hydratation : la boisson H4 (Hydrenergy4) n’a jamais été écœurante. J’ai ainsi pu en prendre sur toute la course ce qui m’a probablement évité de grosses hypoglycémies car dans l’ensemble, je n’ai pas beaucoup mangé vu l’effort consenti.
  • Le matériel. Mis à part les frottements dûs au corsaire, le reste a été très correct. Le choix des bidons plutôt que la poche à eau m'a permis d'éviter les nausées (car j'ai du mal à boire à la pipette). De plus, ça m'a permit d'alterner eau et boisson H4, évitant ainsi l'écoeurement. Ce fut également bien plus facile pour se recharger en liquide.          

Points négatifs :

  • La sensation de sommeil tout au long de la course. Du coup, je ne me suis jamais vraiment senti dans la course. Cela a aussi beaucoup joué sur ma motivation.
  • Les douleurs aux pieds qui m’ont fait souffrir un peu tôt. Cela aussi m’a atteint un peu moralement. Pourtant, j’avais réalisé une préparation des pieds sur 3 semaines (et en plus, je ne suis pas trop sujet à ce genre de douleur)
  • Les échauffements aux cuisses et aux fesses dus aux vêtements de nuit (corsaire). Là encore, ça s’est produit assez tôt dans l’épreuve et ça m’a fait douter sur l’issue de la course.

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Remerciements :

 

  • Bien évidemment, un immense MERCI à Fanny pour tout son investissement à mes côtés. Bien sûr, merci pour l’assistance sans faille qu’elle m’a apporté. Je savais à chaque point de rencontre que tout ce dont j’avais besoin serait prêt. Merci également pour toute la période de préparation et l’ensemble des contraintes que cela a engendré.
  • Merci à ma fille Lalie, pour le bonheur et la force qu’elle m’apporte tout au long de l’année.
  • Merci et bravo à mon ami Damien, pour avoir fini son 1er UTMB (et sans doute l’édition la plus dure). Merci pour tous ces entraînements partagés.
  • Merci à mes parents pour leur soutien continu tout au long de l’année.
  • Et un grand Merci à tous ceux qui m’ont soutenu sur le parcours :
    • Jean, qui a fait le trajet spécialement de Vizille
    • tout comme Guillaume depuis Grenoble
    • Christophe, qui a prolongé son séjour sur Chamonix pour m’assister et m’encourager à Courmayeur, Arnuva et la fin de course. Cela m’a beaucoup servi. Et bravo pour avoir bouclé la TDS malgré les soucis rencontrés !
    • Arnaud et sa famille pour le soutien et les belles photos 
    • Nicolas d’ETA qui a dû interrompre sa nuit au camping pour m’encourager
    • Caroline qui avait toujours le sourire et le moral malgré la météo capricieuse.
  • Merci à Jérôme, mon entraineur, qui a toujours de bons conseils et une lucidité implacable. Cette année, il s’est même investit physiquement pour nous accompagner sur plusieurs grosses sorties (jusqu’à 11h d’effort). Pas mal pour un coureur de 10km et de semi.
  • Merci à Brice, du magasin Endurance Shop d’Echirolles pour son soutien matériel mais aussi pour sa bonne humeur et les rencontres qu’il nous offre au sein de son magasin.
  • Merci à mes compères de 3D-Trail avec qui l’on partage beaucoup de très bons moments.
  • Merci à tous ceux qui m’ont encouragé avant ou pendant la course par ce blog, par mail, par SMS, par Facebook, … C’est très sympa.
  • Merci à Salomon à Compressport et à Weleda pour nous mettre à disposition des produits de haute qualité, conçu pour la performance.

UTMB 2696

Damien et moi, en pleine forme le dimanche midi !  (photo : ALG)

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Eric 11/02/2012 01:13

Bonsoir, en surfant, je suis tombé sur votre cr.. Bravo. Didactique et captivant. J'ai fait les UTMB de ces deux dernières années et je devrais, normalement, faire celui de 2012. J'ai une question:
vous parlez de douleurs aux pieds. Et je vous vois avec des Slab4. Je viens justement d'adopter celles-ci à la place des Trabucco. Mais une chose m'étonne: à la moindre pluie, les pieds sont vite
trempés. Vu les conditions de l'an passé, vos douleurs aux pieds viennent-elles de là (chaussettes trempées, frottements...)? Merci pour votre réponse. Bien à vous.

Rémy 11/02/2012 09:06



Salut, 


Je ne pense pas que mes douleurs soient liées aux S-Lab, ou alors de manière infime. Cela fait quelques années que j'utilise ce modèle et j'ai déjà fait pas mal de courses bien plus humides avec
ces chaussures, sans avoir de soucis.


Je pense qu'il s'agit plus d'un soucis suite à la grosse préparation et une probable mauvaise pose de pieds...


Bonne saison 2012



Galopa 04/11/2011 08:48


ENORME REMY,

Tu as l'art de captiver, d'informer, de nous faire vivre ce que tu ressens. Tout est très richement détaillé.
Et en plus tu es très très performant.
BRAVO

J'aurai plaisir à bientôt te croiser sur tes prochaines courses


Rémy 07/11/2011 11:58



Merci pour ce commentaire. C'est en tous cas un plaisir de partager ma préparation et mon ressenti sur chaque course par le biais de ce blog.


Si cela peut servir à d'autres, c'est le but !


A bientôt.



Christophe 13/09/2011 21:54


Punaise Rémy, il ne manquait que moi pour te soutenir lors de cette chevauchée fantastique... t'es un vrai guerrier au niveau entrainement, approche et préparation de la course et course bien sur !
Sans parler des récits ultra-complets...
Et ce Top30 2 années de suite est tout à fait mérité !!!

Encore un énorme bravo et à très bientôt sur les chemins (j'essaierai de ne pas trop de retarder ;))


Rémy 14/09/2011 11:10



Merci Christophe,


Pas de soucis pour le soutien. Je sais que tu pensais bien à nous sur ton île, les pieds dans l'eau...


Dommage que le tirage au sort ne nous a pas permis de participer tous les 3 à cette édition épique.


Effectivement, à très bientôt sur les chemins, d'autant que nous sommes désormais "voisins"



Nico Martin 13/09/2011 15:14


Quel récit! C'est, au moins, à la hauteur de ta performance physique. On a vraiment l'impression de vivre la course de l'intérieur, j'adore!!
Quel mental hors norme pour ne pas faiblir malgré les divers soucis.
Tout le monde m'avait dit que tu étais parfaitement prêt et tu as répondu présent même si les sensations n'avaient pas l'air d'être celles d'un grand jour.

Pour rejoindre le coach, il semble que tu peux réellement progresser sur les parties les plus roulantes du parcours et c'est d'autant plus jouable que tu sembles vraiment prêt au niveau musculaire.
On va remédier tous ensemble sur la piste ou en Frange verte à ses faiblesses!

Merci encore pour nous faire vivre de l'intérieur cette belle aventure!


Rémy 13/09/2011 22:29



Merci Nico. Oulàlà, si tu te joins au coach pour corriger mes faiblesses, je vais soit progresser très vite, soit exploser en vol !!!


Encore bravo pour ta victoire au Sancy. J'espère que tu as apprécié le coin ! Et félicitations pour le Challenge !



Jérôme (le coach) 10/09/2011 19:08


Que voici un commentaire détaillé et super technique de la course !! Je pense qu'il serait utile à bon nombre de trailleurs en recherche de conseils et de confiance.
En tout cas, je te félicite pour ta perf réalisée dans de difficiles conditions (pour tout le monde cependant). Ton envie de sommeil et tes soucis de pieds ont probablement pesé un peu mais au
final, ton expérience t'aide une fois de plus à surmonter ça et à malgré tout finir plus qu'honorablement.
Maintenant, pour progresser encore sur ce genre d'épreuve, il va falloir aussi que tu bosses ta vitesses (les gars devant ont tous des références meilleures que les tiennes sur court).
En tout cas, Bravo encore et en route pour une nouvelle prépa qui va te conduire vers la Sainté Lyon pour une saison, je l'espère totalement réussie.


Rémy 11/09/2011 23:55



Merci Jérôme pour ton commentaire. Tout à fait d'accord avec toi sur le fait que mon point faible à améliorer reste ma vitesse de base. Le travail hivernal (même raccourci pour cause de
Saintélyon) et dans une moindre mesure celui de l'automne, devraient me permettre d'améliorer ce point très sensiblement (enfin je l'espère...).


Merci encore pour tout ton investissement à nos côtés.



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