Récit des Templiers 2009 par Christophe

Après la TDS, je m’accorde une dizaine de jours de repos. Puis il faut déjà penser à reprendre l’entrainement pour les Templiers. Cette reprise est difficile et je souffre musculairement (vous me direz, c’est normal). De plus, suite à mon entorse, la cheville est douloureuse sur certains appuis. Je retrouve enfin un bon rythme fin septembre et je privilégie un terrain peu technique pour soulager ma cheville. La fin du mois d’octobre arrive vite et les derniers entrainements longs avec les amis et le club m’encouragent sur la possibilité de faire (enfin) une bonne course pour ma 3ième participation (car en 2006 et 2007, je n’ai pas été terrible, je dirais même mauvais…). En plus, le club sera bien représenté avec de nombreux participants sur chaque course du week-end. Il faudra faire attention à ces jeunes loups !

 

Nous arrivons avec Gabrielle, mais aussi avec Rémy, Fanny et Lalie dès le lundi sur Nant. Nous allons y passer une semaine de vacances fort agréable, avec du repos et quelques visites malgré des soucis côté météo. Nous savourons aussi quelques traditions du coin, comme l’aligot pour moi ou le malto pour Rémy. Comme on dit dans le pays (je vous passe l’accent) : pour que l’aligot soit bon, faut que ça file ! (d'ailleurs, c’est valable aussi en trail : faut que ça file !)


 

Le vendredi soir, la famille Lande débarque après une virée touristique à travers les routes profondes et sinueuses de France (sur une idée exclusive de Thierry je précise). Le samedi est consacré au suivi des nombreuses courses du festival et à une petite balade ensoleillée dans le village, bien animé désormais. Avec la chute de Julie sur la Kinder Trail, la famille Lande préfère aller se rassurer à l’hôpital de Millau. Avec Gabrielle et le petit Gabin, on file donc à Cantobre, encourager Caroline (la femme de Damien), Gérard (un collègue de l’ALE) et surtout Fanny dans leur fin de parcours sur le Marathon des Causses.


 

Allez, la grande course des Templiers approche. Je passe une très bonne nuit, j’ai même un peu de mal à me lever à 3H15. Je suis encore endormi pendant le petit déjeuner. Comme à la TDS, celui-ci est plutôt salé (cake aux olives et au jambon), et je le supporterai très bien pendnt la course. Le gite est à 100m du départ donc on peut se préparer vraiment tranquillement et sereinement. Bonne surprise : il fait bon et surtout il ne pleut pas. Je pars tout de même avec manchons, gants et bonnet pour éviter de reproduire la monumentale erreur de 2007 (bah ouais, j’avais pris froid sur la première moitié). Avec Rémy et Thierry, nous nous faufilons à une vingtaine de mètres du départ. Le stress monte peu à peu et je me surprends à avoir un peu la boule au ventre.

 

5…4…3…2…1… Pan ! Le maire s’est levé pour lancer la chasse à la victoire avec son fusil. Devant, ça doit détaler comme des lapins, comme d’habitude. Pour nous, c’est une surprise, on piétine un peu comme des tortues et il nous faut quelques dizaines de secondes pour franchir la ligne de départ. Tout de suite, Rémy s’échappe. Les fumigènes sont près, j’en prends plein les yeux et ça me brule quelques minutes. La foule sur les côtés est très présente.


Thierry assure tout de suite un très bon rythme et je préfère le suivre pour sortir un peu de la masse. La route s’élève, je me retourne régulièrement pour admirer la guirlande des frontales. On arrive sur les chemins et Thierry imprime toujours le tempo. A la faveur d’une petite montée bien raide, je le distance et je trouve les autres coureurs déjà bien à la peine. Nous poursuivons ensemble sur un chemin vallonné et peu technique, les écarts commencent à se faire et nous sommes plus à l’aise.

 

Décidément, Thierry a la patate (sa glycémie doit être au taquet alors) et il relance sans cesse. Par précaution, je décide finalement de le laisser filer au bout d’une heure de course. En plus, je trouve que ma frontale n’éclaire pas trop, je préfère ne pas prendre de risque. La voie de chemin de fer jusqu’à Sauclières est laborieuse, je commence déjà à avoir mal aux jambes. A Sauclières justement, je me permets de marcher 300m pour boire un peu d’eau, la route est encore longue ! Ca y est, le jour se lève et on a l’impression que le soleil brule les collines du Larzac. C’est vraiment beau.


Mais pas le temps de rêvasser, on entre dans le vif du sujet… et les longues pistes forestières vers le Saint-Guiral. Le mal de jambes ne s’atténue pas, il m’est difficile de tenir un rythme correct. En plus, le brouillard et le vent sont assez gênants. Mais contrairement à 2007, je me fais très peu doubler et j’arrive même à rattraper quelques coureurs déjà bien mal en point, notamment Catherine Dubois et Yves Masson. En plus, je trouve la portion plus agréable qu’en 2007. Finalement, le Saint-Guiral est atteint assez vite, sans que je m’en rende compte (sans le voir, c’est bête). Au passage, je fais un petit coucou à Thomas Saint-Girons, vainqueur de l’Endurance Trail le vendredi. Puis je bascule avec le soleil (et c’est une bonne surprise) dans la descente vers la Rouvière.

 

Je redoute cette descente cassante car j’en avais bavé en 2006 et 2007. Il y a peu de coureurs autour de moi, et la descente passe bien finalement. Comme quoi, je progresse ! Pas de quoi non plus casser une patte à un canard sanglier… Mais bon, ça me rassure d’autant plus qu’au fond de la cuvette, j’aperçois Thierry 2-3 minutes devant, dans la petite remontée. Je passe le petit hameau, les portions avec les dalles glissantes et jonchées de châtaignes (pas le temps de les récolter), la croix est en vue !  Je me lance dans la descente vers Dourbies, qui prend tout de même un peu de temps. La remontée vers le ravito est toujours aussi agréable avec cette foule et les encouragements nombreux (notamment de Gilles, Denis et Jean-Pierre). J’y arrive en 4H09 : j’ai donc bien limité la casse sur cette première moitié plus roulante.

 

Après avoir fait le plein d’eau et mangé quelques pates de fruits, je repars à l’assaut de la Crête du Suquet : l’objectif est de croquer du Thierry ! Mais bon, ça commence mal, les jambes ont du mal à répondre et j’ai l’impression de me trainer. Le chemin est un peu chaotique et quelques coureurs me doublent, dont Cathy Dubois bien plus fringante. Le panorama s’élargit enfin, et j’aperçois Thierry un peu plus haut… Disons plutôt que je suis ébloui tellement il est blanc ! En fait, il est quasiment à l’arrêt… je le rattrape donc vite. Le verdict est clair : il est en pleine hypoglycémie et m’annonce son futur abandon. Je n’ose même pas lui dire qu’il est parti trop vite ;), tellement il semble mal. Je le force à manger, le soutiens 2-3 minutes, puis repars à l’assaut de la crête où se trouvent les secours. Je croise également Anne Valéro, dans le même état que Thierry. Les secours prévenus (Thierry aura le droit à un tour en quad et une pause camionnette avec Anne Valéro et Stéphane Bégaud), je poursuis mon chemin.


Les jambes sont lourdes, très lourdes, trop lourdes. Les paysages sur les gorges sont magnifiques, mais les relances en sous-bois sont vraiment difficiles. Heureusement, je n’ai aucun souci de ventre depuis le départ et je m’alimente très bien et très facilement. Il faudra attendre d’avoir doublé l’ami Yanshkov pas au mieux et de basculer dans la vraie descente pour que j’arrive enfin à lâcher les chevaux.


Décidément, les descentes me font du bien et je suis très à l’aise. Sur la fin, je rattrape même Cathy Dubois et Patrick Leservoisier et nous arrivons ensemble au ravito de Trêves, suivis de près par un gros troupeau de coureurs dont Kenza Pedrero. On les annonce 10 et 11ième féminine (alors qu'elles sont championnes de France et vice-championne de France FFA de trail). Y'a pas à dire, cette année aux Templiers, ça envoie du gros devant ! Et aussi bien chez les hommes que chez les filles...


Belle surprise : Gabrielle est là pour m’encourager avec Fanny et toute la famille Lande (que je rassure sur l’état de Thierry).


 

Je fais une pause éclair et je m’attaque à la portion tant redoutée Trêves-Cantobre. Je repars assez fort et je recolle de suite à  Kenza Pedrero et son accompagnateur. Le rythme est bon et je fais toute la montée avec eux en doublant quelques concurrents.


Sur le plateau, ils relancent mieux que moi et je me laisse un peu décrocher. Faut dire aussi, ce plateau, punaise qu’il est long ! Surtout quand on a mal aux jambes… On réalise alors le début de la descente sur Saint-Sulpice, la plus simple heureusement, et je me permets de recoller à la championne de France de Trail 2008. La descente dans la gorge est magnifique puis on remonte sur la Causse opposée, les décors sont superbes. Cette remontée est plus longue que sur le papier, plus difficile aussi. Magie des gorges, on peut apercevoir à 30m environ des coureurs en face qui débutent seulement la descente.


 

Le plateau est vite avalé même si j’ai laissé filer Kenza  et son Sherpa en casquette jaune. Ca y est : c’est la descente de Cantobre ! Euh oui, y’a quand même du gaz… ça c’est un truc à la Guitoune… je prends donc mon temps, j’assure mes appuis, je m’assois même pour descendre les grandes marches. Je la joue vraiment modeste, mais bon seulement 2-3 coureurs me doubleront. Le passage sous la fameuse falaise est grandiose et le ravitaillement de Cantobre est déjà en vue !


 

Thierry a retrouvé sa glycémie au fond de la camionnette des secours, il vient donc avec Julie à ma rencontre me rassurer sur son état. Vous pouvez voir une petite vidéo de mon arrivée à Cantobre ici (attention, ça file !). Gabrielle et le reste de la troupe sont là aussi pour m’encourager et me soutenir. Damien m’accompagne sur quelques centaines de mètres à la sortie du ravitaillement et m’exhorte à tout donner pour aller ramasser notre ami Franck et tout un petit groupe de coureurs qui sont 2-3 minutes devant.


 

Le déclic se fait et j’attaque les fameuses marches de Cantobre le couteau gel entre les dents. Le passage sous le pont se fait dans une ambiance monstrueuse, avec des gens de partout et un Gillou en chauffeur d’ambiance. La suite de la montée est moins technique, je lâche tout, je double sans cesse des coureurs, Kenza Pedrero, Franck… Sur le plateau, je m’accroche à un coureur pour assurer le rythme. Puis c’est le Roc Nantais, le speaker au loin, le début de la dernière descente : ça sent bon les 8H45… Dès le début, j’envoie du gros et je continue à déposer les autres traileurs. Je suis un peu coincé au niveau du muret par un petit groupe, mais je poursuis ensuite ma chevauchée : le pont en pensant à ma crampe en 2007, la petite remontée bien raide sur un rythme cool pour éviter une crampe justement, et enfin le parc et les acclamations de la foule toujours aussi nombreuse… je franchis la ligne en 8H35, quelle fin de course ! (En analysant mes temps de passage, j’ai doublé 32 personnes sur cette portion de 9kms…). Et cerise sur le gâteau, ce temps me classe 127ième sur 2880 partants et 1925 classés.


 

Je savoure vraiment car cette année, j’ai réalisé une très bonne course. Malgré ce mal de jambes persistant, je n’ai rien lâché et j’ai réalisé une très bonne performance.


Suite à sa blessure au pied et à son manque d’entrainement sur les 3 dernières semaines, Rémy finit 87ième et réalise 8H13 : un top100 aux Templiers 2 ans de suite, c’est beau ! Franck aussi arrive, en 8H39. Il est un peu déçu sur le coup, il le sera un peu moins après, car ça reste une sacrée perf. Pour son premier Templier, Fabien est parti prudemment, puis, en expert, a chassé les autres concurrents toute la deuxième moitié. Il réalise 9H20, chapeau !


 

Il est maintenant l’heure pour moi de me reposer un peu. La saison a été longue et remplie de courses magnifiques, de belles images et de moments de plaisir. 3-4 semaines de coupure me feront le plus grand bien avant de rattaquer la saison 2010.

 

Remerciements :

-         Gabrielle pour son soutien de tous les jours

-         Mes collègues 3D Trail Rémy, Thierry et toute leur famille pour leur amitié et leurs encouragements

-         Mes coachs Jérôme et Tonio pour leurs conseils

-         Tous mes camarades d’entrainement : Fabien, Damien, Mickael, Jeff, Nicolas, Guillaume, Arnaud… (j’en oublie beaucoup)

-         Tous ceux qui m’ont suivi, soutenu et encouragé (ma famille, Gilles, Denis et Jean-Pierre sur le parcours, …)

Gaetan 02/11/2009 10:56


Belle course et très bon CR! Très agréable de lire un recit illustré, et ça donne super envie! bon récup et à bientot au Club
Gaet


Fabien 02/11/2009 09:58


Bravo Christophe, joli CR.
Encore une course bien gérée, je pense que cette année tu as franchi un palier dans ta gestion de course.
J'en profite aussi pour vous (les 3D) remercier pour tout les conseils que vous nous donnez. Ils m'ont été très utiles pour ma préparation et ma gestion de course.


Christophe 02/11/2009 10:12


Merci Fabien
Toi aussi, tu as beaucoup progressé cette année et franchi avec succès le cap de l'ultra-trail.
Il te reste juste à travailler ta gestion de la diététique avant la course (fini le civet de sanglier, les caillettes et autres ) et tout sera parfait.
A+


Arnaud 01/11/2009 18:33


Salut Christophe

Et une bonne course de plus ! Après la TDS ce n'est jamais facile à confirmer tout de suite et tu l'as fait !! Bravo.
Comme je te l'ai dit samedi matin l'ultra s'est très bien passé pour moi. Je n'ai pas fait le chrono de ma vie mais au moins j'ai bien gérer tout du long. un régal. Mon CR est par là :
http://www.raidlight.com/CR-de-l-Endurance-Trail-par-un.html


Le 15 novembre nous allons faire le trail de montagnole, peut-être tu y seras ?

A bientôt !

Arnaud


Christophe 01/11/2009 19:16



Merci Arnaud
En 2007, j'avais enchainé CCC et Templiers, j'étais arrivé fatigué et j'avais explosé !
Cette année, je suis arrivé plus frais et mieux préparé : ça change tout...
Encore bravo pour ta belle course, bien gérée. En lisant ton récit, on a l'impression que tu en as bavé juste la dernière heure : cool !


A+ sur les chemins



yanshkov 01/11/2009 10:59


Sympa le petit coucou en passant, j'étais pas en mesure de suivre, j'avais pris un rythme touriste !!! Toi par contre joli final, tu as du te faire plaisir en remontant comme ça !

bonne récup

a+


Christophe 01/11/2009 15:16


Merci Yann
Et oui, quand on a des bonnes jambes en fin de parcours et qu'on remonte, c'est génial !
A+ sur les chemins et bon trek au Kenya


Thierry 31/10/2009 20:56


Christophe,
Un seul mot BRAVO pour ta gestion de course, ta capacité à dépasser tes douleurs, ta motivation, ta connaissance du monde du trail ...
Un seul mot Merci pour ton soutien pendant ce moment difficile que j'ai passé en haut de la crête du Suquet.
Un seul mot REPOS car tu as fait une superbe saison 2009
Et pour finir un seul mot EMOTION car une naissance est prévue en 2010 ...
A+ Thierry


Christophe 01/11/2009 10:21


Merci Thierry
Bravo de t'être déjà re-mobilisé pour la fastienne de Guebwiller.
A+


Le blog de 3D Trail -  Hébergé par Overblog