TDS 2009 : récit de Christophe

L’année dernière, j’avais vraiment souffert dans le final de l’UTMB (30 derniers kilomètres). Je n’étais pas très chaud cette année pour me lancer à nouveau dans cette aventure ou refaire la CCC (à cause des 3 dernières bosses justement). La création de la nouvelle course, la TDS, tombe donc à pic. Autant découvrir de nouveaux chemins et de nouveaux coins, avec cette organisation toujours aussi au point.

 

Me voilà donc à Chamonix en ce vendredi 28 octobre. Depuis le Grand Duc de Chartreuse, je me suis très bien préparé pendant 2 mois et parfaitement reposé depuis 10 jours. J’arrive serein à l’épreuve et plutôt confiant. Je m’attends à une course plus technique, plus sauvage que ses 2 « sœurs ». Comme objectif, je reste raisonnable, je vise environ 19H pour effectuer les 106kms et 6600D+.


 

Je retrouve mon ami Jean-Luc et sa famille avec qui je partage un gite. Après 3 UTMB, Jean-Luc a lui aussi décidé de découvrir la TDS et il est encore très bien affuté cette année. Je me promène aussi avec Rémy, Fanny et Lalie, venus en touriste sur l’épreuve. J’ai une petite pensée pour Thierry qui est en train de courir la CCC : courage Thierry, tu tiens le bon bout ! Après avoir vu le départ de l’UTMB, pour une fois assez lent (surement à cause de la caméra sur roulette..), on s’avale un plat de pates et il est temps d’aller essayer de dormir un peu.


Le réveil n’a pas le temps de sonner, je suis réveillé un peu avant 3H et je me sens plutôt bien. Avec Jean-Luc, on se prépare, on engloutit un petit-déjeuner raisonnable et on se dirige tranquillement vers le départ de la course. Il pleuviote un peu et ce n’est pas une bonne nouvelle. Il faut déjà mettre le coupe-vent.

 

Bonne surprise, Thierry vient d’arriver. Il est avec sa femme Marine et il a l’air très en forme. Il vient de boucler sa CCC en 17H11, 97ième. Un grand BRAVO à lui. On discute un peu de ses impressions et je file avec Jean-Luc sur la ligne de départ. On y retrouve Nicolas, un petit nouveau au club qui promet beaucoup (et qui va tout casser sur la course, voir son récit ici).

 

10…9…8…7…6…5…4…3…2…1…pan, c’est parti. Nous sommes environ 630 au départ, ce qui est très peu et nous sommes donc un peu gênés sur les 200 premiers mètres seulement. Jean-Luc s’enfuit tout de suite. Avec Nico, on reste ensemble sur une allure de croisière de 12km/h environ. Les rues de Chamonix sont un peu désertes… c’est dommage. On sort rapidement de la ville, je quitte mon coupe-vent car la pluie s’est arrêtée et nous nous engageons sur le chemin plus sombre vers les Houches. Il est temps d’allumer la frontale !


 

Pas de soucis pour jouer des coudes comme à l’UTMB, nous sommes peu nombreux sur ce chemin. Pour l’instant, tout va bien. Je n’ai pas mal au ventre, les jambes sont encore un poil raides mais répondent bien. On avale vite cette portion roulante de 8km environ, les légères côtes sont passées en courant. On traverse les Houches en 46’30 et on attaque la première grosse côte. Le rythme devient alors marché, mais reste correct et je suis toujours avec Nicolas. On est toujours aussi peu nombreux et donc pas du tout gêné.


 

Rapidement, je me rends compte que les jambes sont encore dures, que je ne suis pas encore rentré dans la course, je dois donc laisser filer Nicolas. En plus, le brouillard et une fine bruine me perturbent un peu. Je remets mon coupe-vent et finis au train la montée au Col de Voza (1H36, 14kms, 56ième). On bascule sur un sentier vallonné assez agréable, avec quelques descentes, quelques hameaux sympathiques et encore du brouillard. Je me fais un peu doubler, le mental n’est pas encore réveillé. On croise un petit vieux qui coupe de l’herbe à 7H du matin et qui nous propose de la gniole : ah y’a pas à dire, ils savent vivre à la montagne.

 

La descente sur Saint Nicolas de Véroce est difficile mentalement, je ne suis pas dans la course alors que le chemin est archi roulant… Sur la fin de la descente, je décide de m’arrêter 5 minutes, je range mon coupe-vent, ma frontale, bois un petit coup et fais une pause-pipi. Un groupe de 15 trailers survoltés en profitent pour me dépasser, ils ont l’air un peu trop excités à mon gout car la course est encore longue…


 

Cette pause me fait du bien, je retrouve enfin un bon rythme et on débute la longue montée de 1800+ vers le Mont Joly. Je rattrape quelques prétentieux du précédent groupe, fais un ravito éclair de 2’ à Saint Nicolas de Véroce (2H37, 23kms, 74ième) et poursuis mon effort. Ca y est : la course est lancée pour moi !


 

J’avale assez aisément le D+, rattrape régulièrement des coureurs. Les premières défaillances arrivent… et oui, il ne fallait pas partir si vite ! Tout le monde y passe. On arrive dans le brouillard, je m’arrête remettre mon coupe-vent car il fait de nouveau assez froid.


Je reviens alors sur mon ami Jean-Luc qui connait quelques soucis de ventre depuis le départ. Je poursuis avec peu de visibilité, traverse des troupeaux de chèvres et de vaches qui ont mangé le balisage ! J’attaque enfin la partie finale de l’ascension, le long de la crête et toujours dans le brouillard. On devine le vide des 2 côtés.


Le Mont Joly se profile avec quelques bénévoles courageux au sommet (4H17, 29kms, 56ième

Allez, je bascule tout de suite dans la descente, assez technique au début. Je rattrape de suite 2 coureurs et je me cale dans leur rythme. La visibilité est toujours aussi faible, autant ne pas prendre de risque. Leur allure est en fait très correcte et je prends même du plaisir dans cette descente. Sur la fin, on rattrape un chemin large et je me permets de les lâcher pour arriver au Col du Joly, 2ième ravito (5H12, 35kms, pas de contrôle car plus de pile).


 

Je m’arrête 2’30 top chrono. Je repars très vite, le couteau entre les dents, je me sens vraiment bien et on attaque le fameux col de la Fenêtre (nouvelle pensée pour Thierry…). Là aussi, je rattrape et dépasse quelques coureurs puis surprise, au détour d’un virage, le brouillard se lève enfin ! Le magnifique Beaufortain se découvre alors à moi et gonfle encore mon moral.


 

Le col est plutôt court et passé assez vite (5H48, 39kms, 42ième). Je bascule dans la descente, je sais qu’elle est difficile car très caillouteuse. Rémy devait venir me voir, il est en retard mais j’ai environ 35’ d’avance sur mon horaire.


Je descends plutôt bien et là… c’est le drame. Dans un passage, style pré à vaches, j’évalue mal la profondeur d’un trou, mon pied ne rencontre pas le sol à l’instant prévu mais un poil plus tard et la cheville se tord violemment. La douleur est vive ! Je marche un peu puis me force à trottiner pour garder la cheville chaude.

 


La douleur est présente mais je continue mon chemin, j’espère que ça va passer. A la jonction avec le parcours de l’UTMB, je retrouve Rémy et Lalie. On discute de mes bonnes sensations, de la course et de ma foulure…


Puis il est temps d’attaquer la montée du Bonhomme. Mine de rien, cette ascension sera la plus dure pour moi : malgré 450+ seulement, je vais en baver un peu, être dans le dur tout le long. Il commence à faire très chaud en plus (6H48, 44kms, pas de contrôle).


 

Ouf le col est enfin passé, je commence la descente et la cheville est vraiment douloureuse. Ca y est, le doute s’installe. Je boite beaucoup, ne cours plus du tout. Quelques coureurs commencent à me rattraper, je perds beaucoup de temps. On arrive au fond d’un joli vallon et reprenons de suite une nouvelle côte vers le col de la Sauce.


En montée, la pose du pied à plat ne me pose pas de problème et je peux me permettre un bon rythme. Au sommet (7H57, 48kms, pas de contrôle), je redoute la longue descente qui suit. Et j’ai raison : je souffre beaucoup, je marche tout le long. Le moral chute très bas, et de nombreux traileurs et traileuses filent et me doublent.


 

Le Cormet de Roselend est enfin atteint avec souffrances (7H58, 51kms, 44ième). Je sens ma cheville très enflée, je suis au bord de l’abandon car je pense à la suite de la saison et je ne suis pas sur de pouvoir aller au bout. Heureusement, les parents de Gabrielle sont là pour m’assister et me soutenir. Je mange bien, et 10 minutes plus tard, je repars au moins jusqu’à Bourg Saint Maurice, même si la tête n’y est plus..
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Les 3 kilomètres suivants sont plats et un bon chemin de croix pour moi… Je marche, les autres courent et me doublent aisément. Mon ami Jean-Luc en profite pour me dépasser et m’encourager. On attaque alors la portion de la course la plus terrible, le Passeur de Pralognan : 600+ en seulement 2kms…


Et bien, ça se passe bien, je monte au train et ça me remonte un peu le moral. J’avais pris quelques médicaments pour calmer la douleur, je teste donc ma cheville dans la courte descente qui suit. Je supporte assez bien le faible rythme et je perds donc moins de temps qu’à la marche.


 

On emprunte une petite grimpette qui passe à nouveau très bien pour arriver à un beau lac. On en fait le tour puis c’est le contrôle du Col de la Forclaz (59kms, 9H59, 47ième).

Vue sur le lac...


Ca y est, on attaque la grosse et si redoutée descente de 1500+ jusqu’à Bourg-Saint-Maurice. Je commence vraiment tranquillement, puis j’augmente petit à petit le rythme.


La cheville tient le coup, les anti-douleurs limitent ma souffrance. Quelques trailers me doublent, puis j’arrive à m’accrocher à un groupe de 2 coureurs dont un italien fort sympathique. La fin de la descente est particulièrement raide et technique (avec dévers, …). Mais ça passe.

 


J’arrive à Bourg-Saint-Maurice très très bien moralement (68kms, 11H04, 50ième). Je redoutais cette descente, elle s’est bien passée et m’a boosté pour la suite. Je m’arrête une dizaine de minutes pour refaire le plein de nourriture (dans le ventre et dans le sac). Les parents de Gabrielle sont là pour me soutenir et m’assister. Merci à eux, ça fait toujours du bien !


 

Allez, je repars avec un petit groupe de 5, dont l’américaine Kim Gaylord. On s’attaque à la longue montée vers le Col du Petit Saint Bernard : 14kms et 1400+. La pente est faible jusqu'à Séez, mais il est difficile de courir.


On passe une portion plus raide et 2 compagnons décrochent. On se retrouve alors avec mon sympathique italien et ma charmante américaine et on va discuter tout le long !!! De tout, de rien, de la course, de la vie…

Et oui, la montée est longue...


Mine de rien, je suis à l’aise physiquement et la montée va passer assez vite. Sur la fin, l’italien accélère un peu pour retrouver sa famille, puis c’est à mon tour de finir plus fort. Juste au col, je rattrape Jean-Luc, toujours en proie à ses douleurs au ventre (81kms, 13H56, 42ième).


 

Les parents de Gabrielle sont là une nouvelle fois. Cela me permet de changer de t-shirt en vue de la nuit et de la portion ventée. C’est vraiment agréable. Une petite soupe et je plonge dans la descente vers l’Italie car il reste 25kms…


Cette descente passe vraiment bien, un peu difficile au début puis très roulante. Je me prends pour un bon descendeur et accélère le rythme pour doubler quelques concurrents. Il fait encore jour, j’en profite et La Thuile est enfin atteint (90kms, 15H05, 39ième).


 

Il y règne une bonne ambiance entre spectateurs, bénévoles et coureurs. Je suis vraiment bien donc j’avale vite ma soupe et repars très vite avec un militaire de Chambéry, Sylvain (arrêt de 5'30"). Très sympa, il mène tout le long dans l’avant dernière côte de 350+ vers Pétosan. Sur la fin, la nuit est tombée et il est temps d’allumer la frontale.

 


Nous sommes bien, nous discutons beaucoup, nous essayons de relancer régulièrement. Mais cette portion est longue, très longue, trop longue (surtout de nuit)… Un plat en forêt, puis une piste forestière et enfin un single-track technique nous mènent laborieusement à Pré Saint-Didier (102kms, 17H06, 37ième). Sur la fin, Sylvain a décroché. Au ravito, je m’arrête 2 minutes seulement, car je sais que la course est bientôt finie et que je peux passer sous les 18H.

 

Je repars donc à l’attaque des derniers kilomètres. Cette portion est peu difficile mais assez vallonnée. J’alterne marche et course. Un trailer me double comme une fusée. Ca y est, on entre dans Courmayeur, on traverse ses belles rues en pierre. Dernières marches, je vois l’arrivée… J’ai vaincu la course (106,4kms, 6620+, 6460-, 17H51, 38ième).

 

Je suis vraiment heureux car physiquement, je me sens vraiment bien. J’ai encore de l’énergie et mon mental est toujours au plus haut. Ma foulure à la cheville m’a fait beaucoup souffrir sur 25kms environ mais je n’ai aucun regret car je pense avoir réalisé une très bonne course et ça fait parti des aléas de la course. J’étais parfaitement préparé physiquement et mon mental m’a permis d’aller au bout.

 

Je rate l’arrivée de Jean-Luc (43ième en 18H07 malgré ses problèmes de ventre, bravo à lui). On ne traine pas, on prend le bus et rentre tout de suite se reposer à Chamonix. Nicolas, quant à lui, a terminé 14ième en 16H12 : chapeau !


 

Points positifs :

-         Une épreuve magnifique, très différente de l’UTMB et de la CCC, plus technique, plus sauvage mais pas insurmontable. A découvrir.

-         Un physique au point (très facile en montée, très à l’aise en descente), un gros mental. Aucun soucis au niveau du ventre.

-         En 3 ans, je termine la CCC en 2007, l’UTMB en 2008 et la TDS en 2009. Si ce n’est pas une belle trilogie ça !

 

Points négatifs :

-         Une bonne foulure de la cheville qui m’a handicapé sur 25kms environ

-         De mauvaises conditions météo (brouillard, bruine, froid) sur les 6 premières heures de course qui nous ont empêché d’apprécier les paysages

 

Remerciements :

-         Gabrielle pour son soutien de tous les jours

-         Ses parents pour leur assistance et leur encouragement pendant la course

-         Rémy et Thierry, mes partenaires 3D trail, pour leur amitié

-         Mes entraineurs, Jérôme et Tonio, pour leur conseil

-         Mes partenaires d’entrainement (Guillaume, Fabien, Arnaud, Damien, Mickael, Nicolas, et j'en oublie…)

-         Et toute ma famille et mes amis qui m’ont suivi et encouragé dans cette nouvelle aventure…

Chris 15/09/2009 09:37

Félicitations christophe pour cette belle course, avec un mental de gagneur, car avec cette foulure il y a du monde qui aurait abandonné.
Superbe C.R et superbes photos.
Bonne récup avec les templiers en point de mire.
a+

mike 11/09/2009 23:04

Encore bravo Christophe, belle performance et super mental, une bonne course de plus à mettre à ton actif !
A très bientôt,
Mike

vogoy' 09/09/2009 14:00

salut christophe
joli CR, jolie course, jolies photos...tout est chouette quoi:)
encore bravo et quel aurait été le résultat sans cette cheville...
à très bientôt et les templiers...ils arrivent vite :)
vogoy'

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