Récit du Grand Duc de Chartreuse par Christophe

Le Grand Duc de Chartreuse approche. 3 semaines avant, je réalise une reconnaissance du parcours sur 2 jours et sous la pluie avec mes amis Guillaume Bernard et Jean-Luc Piovan. Même si on ne réalisera pas la montée et la descente du Grand Som, ce sera très instructif sur la difficulté du parcours et sur la technicité de la Chartreuse ! Je sais maintenant à peu près à quoi m’attendre et je me fixe donc un temps raisonnable de 12H de course.

 

Dimanche 28 juin, jour de course, pas de grasse matinée, lever à 2H40… Ah, on l'aime notre passion... La nuit n’a pas été terrible, j’ai mal dormi et j’ai des douleurs intestinales depuis samedi après-midi. J’étais en vacances la semaine précédente et j’ai peut-être eu une nourriture un peu trop riche. Bon, je file à Saint-Pierre de Chartreuse, je retire le dossard, je discute avec quelques connaissances et me présente enfin dans le sas de départ, sans trop de pression. 

 

5H10, bing, le départ est donné. Tout de suite, l’allure est plutôt rapide. Je dois même faire un petit effort pour rattraper mon ami Jean-Luc. Les 2kms de route plate sont rapidement avalés (ce seront les 2 seuls d'ailleurs à être rapidement avalés je précise) et on entame la montée vers la Dent de Crolles. Je n’ai pas de frontale, il fait sombre, mais la progression est simple. La montée se fait sur un bon tempo avec Jean-Luc, mais je ressens un léger essoufflement et mon ventre commence à me torturer. Je ralentis donc l’allure et passe le col des Ayes en 48’. On attaque alors la fin de l’ascension vers la Dent de Crolles, la vue sur la vallée est magnifique avec une mer de nuages grandiose.


Quelques coureurs commencent à me doubler, dont Philippe Warembourg, spécialiste du 24H et croisé au même endroit lors de la reco ! Je gère comme je peux cette fin de montée et bascule dans la descente.
Je cours tranquille, sans prise de risque. On récupère le GR9, direction Bellefont. Le ventre est douloureux à chaque choc, les muscles déjà vidés. Je pense déjà à l’abandon !


Bon, on me double régulièrement, et j’arrive finalement à la Cabane de Bellefont en 2H (relais 1 : 2H et 27ième temps en solo). Je m’arrête un moment, je suis un peu dans le flou. C’est dommage, un groupe a attaqué le col et j’ai raté le coche. Je m’engage finalement seul dans la montée, assez courte. Au sommet, la première féminine me double assez facilement et je bascule sur les hauts plateaux. C’est là que commence mon chemin de croix !


 

Aucune énergie, des douleurs intestinales à chaque foulée, j’en suis réduit à la marche et à des arrêts réguliers pour souffler. Le moral est dans les chaussettes, je n’ai qu’une envie : m’allonger dans l’herbe au soleil et dormir ! Des wagons entiers de coureurs me déposent littéralement, je n’ai même pas la force de m’accrocher et de profiter des magnifiques paysages… C’est une des rares parties roulantes de la course et je suis scotché à 3km/h ! Finalement, 1km avant le début de la descente (je dois être bien 70ième alors), petit déclic, 3-4 coureurs me doublent à une allure plus faible et je parviens à les tenir. Le début de la descente est glissant, la reconnaissance me sert bien, je n'ai pas l'impression de forcer et surprise, je distance mes compagnons. Mine de rien, ça fait du bien au moral, je commence à mieux dérouler. Le ventre commence à se calmer et c’est le miracle de l’ultra-trail, ma machine se remet en route après 3H30 de galère !


 

Dans la descente, je reprends régulièrement quelques coureurs qui m’avaient déposé sur le plat. Je ne m’enflamme pas, la route est encore longue et les muscles sont déjà bien entamés. Je passe le sympathique village de Saint-Même et son ravito (en 3H51'), la route vers le Grand Chenevey, puis la petite portion boueuse et la remontée en forêt vers Saint-Philibert que l’on avait raté pendant la reco. Ma remontée se poursuit et je gagne une bonne dizaine de place avant le ravito que j’atteins en 4H39 (relais 2 : 2H39 et 60ième temps en solo !) et où mes collègues de club Sylvie et Jean-Pierre m’encouragent.

 

Petite pause casse-croute avec un bon mélange sucré-salé dont seuls les traileurs ont le secret (pâtes de fruits - chips, mélangés bien sur), je discute un peu avec Michel Chifflot et je repars, direction le col du Cucheron. Il commence à faire chaud et je ne m’emballe pas trop dans ce long faux-plat montant. L’idée d’abandonner est toujours présente, mais bon, je suis venu là pour profiter du paysage, il est encore tôt et j’attaque donc le Grand Som : je ne connais pas du tout ce sommet et on verra bien à Saint-Pierre de Chartreuse. Le début de la montée est plutôt simple avec un sentier en lacets et en forêt. On débouche alors au col des Aures et là c’est le drame : je lève la tête, vois le chemin qu’il reste à gravir. J’ai une petite pensée pour Guillaume qui m’avait prévenu sur ce passage difficile…


Bon, c’est limite de l’escalade, la cheminée est passée et il reste encore une bonne portion herbeuse jusqu’à la croix. Heureusement et malgré quelques nuages, le panorama est vertigineux et à couper le souffle.


 

Le début de la descente est, comment dire, épouvantable : encore et toujours des cailloux, des passages aériens où il est obligatoire de marcher. Ah, un panneau indique « Attention, descente dangereuse ». Parce qu'avant, c'était facile ?!? En tout cas, je confirme, je descends à 3km/h, ce passage est d’une technicité incroyable (en tout cas pour moi et surtout après plus de 30kms de course). Pas le temps de dire ouf, le habert de Bovinant est atteint en 6H45' mais le col de Mauvernay se profile. Il fait toujours aussi chaud et je passe plutôt bien cette petite difficulté.

 

On attaque la descente sur Saint-Pierre... mais non, pas du tout, on a le droit à un superbe sentier en crête, assez vallonné et rempli de cailloux et de pierriers ensoleillés avec vue sur la vallée de St Pierre. Décidément, finir le Grand Duc, ça se mérite ! Enfin, on attaque les 5kms de descente vers Saint-Pierre de Chartreuse en forêt. Je suis rejoint par un relais en duo avec qui je sympathise : on se relayera tout au long de la descente, faite sur un bon rythme. Au détour d’un virage, je tombe sur Rémy et Christophe Dieval, venus à ma rencontre : là aussi, ça fait beaucoup de bien de les voir. La fin de la descente passe alors plus vite et devient encore plus agréable.


 

Je rentre dans Saint-Pierre, Gabrielle et ma famille m’attendent et m’encouragent bruyamment. Mon petit neveu Arthur, 4 ans, est tout content de courir avec moi. Mais bon, un gentil panneau de l’organisation « 30km restants » est là pour calmer nos ardeurs et nous rappeler que la course est loin d'être bouclée…


 

Je rentre tout de suite au contrôle médical pour la prise de tension obligatoire et surtout un bon moment de cafouillage : 10-6, 11-6, 15-9, la machine a l’air moins en forme que moi… Les secouristes veulent la jouer sécurité et m’interdisent de repartir de suite, malgré mon état semi-euphorique. J’en profite pour bien manger, passer du temps avec Gabrielle et ma famille, discuter avec Guillaume. Finalement, après 15’ d’attente et un dernier contrôle à 13-9, je suis autorisé à repartir, enfin ! (relais 3 : 3H24 et 28ième temps en solo).


 

C’est une bonne surprise car je repars en même temps qu’Arnaud Mantoux, une connaissance. C’est toujours bien de courir à plusieurs et encore mieux quand on se connait. On avale donc rapidement (rapidement est assez relatif) les premiers kilomètres jusqu’au pied de la montée au Charmant Som. Il mène, je suis calé derrière, tout va bien. Nous sommes rejoints par la sœur d’Olivier Cordeuil (futur vainqueur de la course) qui fait la course en duo. Suite à une crampe, Arnaud lâche prise et je poursuis ma route dans les pas de la sœur d’Olivier Cordeuil. La montée est longue, interminable, et je finis par perdre du terrain petit à petit. De nombreux relais me rattrapent et me doublent facilement. Heureusement, je continue de revenir sur quelques solos, dont Patrick Begou, puis un certain Félix. Ce dernier s’accroche à moi pour la dernière partie de l’ascension qui est vraiment coriace. J’ai l’impression d’être à l’arrêt… Ouf, on ne passe pas par la croix et on roule tout de suite dans l’alpage pour une courte descente.


 

Les chalets sont rapidement passés (en 10H12') avec Félix et on attaque la descente vers le Col de Porte, en alternant route et chemin. Son fan-club nous suit en voiture et là, patatras, je m’emballe un peu et mon genou droit heurte violemment un rocher : une grosse bosse se forme immédiatement, c’est douloureux et je suis obligé de boiter quelques minutes. Mon beau-frère Serge est venu à ma rencontre, il m’encourage et je me remets à courir difficilement. Petit passage devant Gabrielle et la famille, un coup de crème Arnica et je rejoins le Col de Porte (relais 4 : 2H42 et 20ième temps en solo).

 

Félix est là avec un certain Manu qui m'avait doublé pendant ma période "bobo au genou". Je les encourage à repartir rapidement ensemble pour nous motiver mutuellement. En plus, il ne reste plus trop de difficultés (tout est relatif après 60kms car il reste tout de même 600+)... On attaque donc la montée vers Chamechaude, par la piste de ski. Malheureusement, Félix lâche prise rapidement et je poursuis sur un bon rythme avec Manu. Nous discutons beaucoup et cela permet de mieux supporter ces derniers kilomètres. A la cabane de Bachasson, nous prenons la direction des superbes Haberts de Chamechaude par un single-track très agréable. Nous arrivons à courir régulièrement, puis descendons sur les Emeindras. Je suis surpris d’être aussi à l’aise en descente, puisque je reprends encore 2-3 solos… Avant-dernière difficulté avec la remontée au col de l’Emeindra où l’organisateur de Seyssins-StNizier, Alain Mathais m’encourage. Avec Manu, on déroule sur les derniers kilomètres (qui sont indiqués : ça fait du bien de les voir diminuer rapidement) : col de la Faita, Pleynom et son dernier ravito (passage en 12H07'), descente vers Saint-Hugues. Enfin, on remonte en forêt vers Lentillière pour la dernière petite montée de 100+ : cool-cool, elle passe plutôt bien.


 

Allez plus que 3kms, ça commence à sentir bon (surtout la sueur d'ailleurs). On arrive toujours à bien courir, faut dire, ça descend tout le long maintenant. Serge est à nouveau venu à ma rencontre, on finit les derniers hectomètres ensemble sur la route de Perquelin. Je franchis enfin la ligne en 13H00, vraiment soulagé d’être arrivé au bout de ce « monstre » (relais 5 : 2H15 et 11ième temps en solo). Gabrielle, ma famille et Guillaume sont tous là pour me féliciter. Pas le temps de plaisanter, je me rince dans une fontaine de Saint Pierre, je me fais masser et il est temps de rentrer se reposer…


 

Résultats : environ 73kms et 5000+

185 partants pour 92 finishers et 93 abandons !

Ca prouve la difficulté de la course…

Vainqueurs : Olivier Cordeuil en 9H54 et Catherine Noulette en 11H58 (9ième au scratch)

Je termine 23ième en 13H00.
Résultats complets : ici

Un grand bravo à mes amis et collègues :

-         Jean-Luc Piovan, 14ième en 12H27

-         Sophie Gagnon, 27ième et 2ième F en 13H16

-         Arnaud Mantoux, 33ième en 13H46

-         Denis Despierres, 85ième en 16H08
 

Points positifs :

-         Encore et toujours un gros mental qui m’a permis d’aller au bout, malgré un premier tiers de course catastrophique

-         Un parcours magnifique par ses paysages et incroyable par sa difficulté

-         Beaucoup de soutiens avec Gabrielle, ma famille, mes amis et collègues tout au long du parcours

 

Points négatifs :

-         Encore et toujours ces maux de ventre qui me pourrissent souvent les débuts de course. Je pense aussi que mon corps gère très mal les départs de course trop matinaux et souvent trop rapides.

-         Le manque d’énergie qui en a résulté

Grand duc 30/03/2010 13:08


Bravo pou votre récit et votre passion.
Nous vous donnons rendez-vous le dimanche 27 juin 2010 pour un nouveau Grand Duc et un nouveau défi : terminer dans les 20 !!!

Sportivement


Christophe 30/03/2010 21:51



Bonjour,


merci pour votre commentaire


Malheureusement, il y a plein d'autres jolis trails à la même époque... je serai donc du côté des Ecrins cette année !


A+ sur les chemins



Bonnard 04/12/2009 15:06


Salut Christophe, un petit msg pour te féliciter de ta TDS (le récit est vraiment passionnant). De mon côté j'ai terminé l'UTMB. Nous avions évoqué ces courses lors de notre final dans le trail des
Grands Ducs qui était une bonne préparation ... A bientôt sur un trail dans les Alpes peut-être
Amitiés sportives
Manu


Christophe 04/12/2009 16:02


Merci Manu
Et oui, je me souviens parfaitement de notre bon final au Grand Duc. D'ailleurs, on te voit très bien sur la dernière photo du récit.
J'avais suivi également ta perf à l'UTMB : félicitations ! En plus, tu as réalisé une course régulière et très bien gérée...
A+ sur les chemins


Arnaud 20/07/2009 14:05

salut christophe
bravo pour ta course. pour moi ce fut dur après ma crampe au mollet. j'ai fini comme j'ai pu mais avec bcp de souffrance à cause ces crampes. je n'avais pas assez récupéré de ma reco utmb !!
il y a une semaine je me suis fracturé le scaphoïde au poignet droit suite à un trébuchage anodin à l'entrainement. ça va mettre du piment dans la dernière droite de ma prépa utmb mais ça devrait le faire !!
à bientôt !
arnaud

Christophe 20/07/2009 14:32


Merci Arnaud
C'est dommage ces crampes. Mais tu as tout de même fait une très bonne course, sur un parcours vraiment difficile.
Le parcours de l'UTMB est bien plus roulant et j'espère que ta fracture ne t'handicapera pas trop pour l'UTMB !!!
A+ sur les chemins


la famille 05/07/2009 14:41

encore bravo pour la course et pour la qualité du récit qui en prend le relais ; les photos sont très bien choisies.
Bises de notre part à tous,
la famille
uy

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