(Rémy) Ultra Trail du Vercors 2017

Je n’ai pas remis de dossard depuis le trail du Giffre à Samoëns (85km/6400m+) mi-juin. Et l’envie de remettre un dossard est assez présente depuis le mois d’août. Niveau forme, difficile de dire où j’en suis car le mois de juillet fut générateur d’une bonne fatigue avec pas mal de volume à faible intensité lors de sorties en groupe. Sur août la fraicheur est revenue petit à petit, mais je n’ai pas réalisé de séance permettant de réellement savoir où j’en étais, et j’ai surtout laissé aller l’envie en m’adaptant au mieux aux contraintes de l’été (déménagement, vacances, …).

Je sais donc que j’ai le foncier pour me lancer sur un format type 80km, mais suis-je en mesure de tenir une allure de course correcte ? pas si sûr…

 

Mais la meilleure façon de le savoir, c’est de se lancer et me voilà inscrit mi-août, sur ce 85km de l’Ultra Trail du Vercors. Je remercie au passage Brice d’Endurance Shop Echirolles et Nadir de Cap Vercors pour m’avoir permis de participer. Bon évidemment, c’est un peu tard pour débuter une prépa, mais en ajustant 2 ou 3 séances, j’espère pouvoir être suffisamment compétitif et prendre un maximum de plaisir. De plus, depuis une participation bien agréable en 2012 (8e), je n’avais plus participé à cette classique du calendrier isérois, excepté un relais à 4 l’an dernier.

Après avoir un peu regardé le plateau des engagés, je pense que je peux espérer de me classer dans le top10 et si je réussi une bonne course, je peux probablement tenter de me rapprocher du top5. Voilà pour la théorie, reste à voir en pratique sur le terrain.

 

Christophe est également de la partie et pour l’occasion, nous partageons un weekend avec nos familles du côté d’Autrans. Tout semble donc parfait pour passer un excellent weekend ! Tout ? enfin presque… il manque tout de même la météo. En effet, l’été est définitivement terminé et le weekend est annoncé frais et humide… Tant pis, c’est le jeu des sports outdoor…

 

Nous voilà donc samedi 9 septembre dans le centre de Villard de Lans, sur la ligne de départ de cet UTV 2017. La météo est pour le moment assez correcte, mais l’organisation nous confirme que cela ne durera pas. Je décide de partir en tee-shirt, mais de garder tout de même les manchons et de placer la veste dans le sac. On discute un peu avec quelques coureurs, dont Denis Beaudoing qui nous donne quelques infos très sympas sur 2/3 pièges de ce parcours (Merci Denis).

(Rémy) Ultra Trail du Vercors 2017

Le départ est donné, et je m’élance aux côtés des 350 coureurs.

Rapidement un groupe se forme sur l’avant avec une vingtaine de coureurs. Je suis un peu en retrait, en tête d’un second groupe. Une cassure se fait et je cherche pas du tout à coller au groupe. La route sera longue et j’aurai largement le temps de forcer sur la journée, autant rester sur une intensité raisonnable pour le moment. Peu à peu, le groupe de devant s’étire et au fil des kilomètres qui nous mène sur le col Vert, je gagne quelques places (pas grand-chose). Dans la partie finale, je perds en revanche 2 places, mais je suis assez serein et conscient que j’ai bien fait de ne pas faire cette première ascension plus vite.

On bascule sur l’autre versant et l’on entame une courte descente un peu caillouteuse. Je me trouve plus à l’aise que les quelques coureurs qui me précèdent et je les dépasse rapidement, ce qui me permet de pouvoir ensuite courir à mon rythme sur ce sentier superbe, mais étroit, du balcon-est.

Je reviens bientôt sur 2 coureurs et il est difficile de doubler. Rien de grave, je peux patienter, l’allure est tout de même correcte. Un coureur me rejoint par l’arrière, et à la faveur d’un passage légèrement plus large, nous passons tous deux sur l’avant de notre groupe de 4 coureurs. Je déroule un peu et nous arrivons à 2 pour l’ascension du Pas de la Balme.

Nous prenons un tempo entre le soutenu et le confortable, et tout en discutant, nous avançons sur un rythme très correct. La montée au Pas de la Balme est assez franche mais pas très longue et nous arrivons assez vite à la bascule au col. Pas de place de gagnées mais un peu de temps de récupéré par rapports aux coureurs que nous avions en visu. Derrière, je reconnais Rémi Coquard (qui m’avait devancé de 20’ au Vulcain) qui franchit le col moins d’une minute après nous.

(Rémy) Ultra Trail du Vercors 2017

On entame la descente et récupérons rapidement une place puisqu’un coureur remet sa chaussure. J’assure un bon tempo en descente et gagne quelques mètres d’avance que je reperds finalement rapidement un peu plus bas.

A proximité de Corrençon, je fais une courte pause et laisse forcément filer le coureur qui me suivait. Je pense pouvoir le récupérer rapidement mais ce n’est pas le cas.

Dans une partie en sous-bois, j’aperçois un énorme cerf en contre-bas. Il court dans le même sens que moi, puis traverse le chemin de la course une dizaine de mètres devant moi. C’est assez impressionnant et ça change des petits chevreuils que je croise habituellement lors de mes entraînements 😉

J’arrive au ravitaillement de Corrençon en 14e position (mais je l’ignore) et2 coureurs sont encore présents. Je prends le temps de bien refaire mes pleins de boisson énergétique Ergysport et d’eau, et je bois quelques verres de coca sur place. Je pioche 2 bouts de banane et je repars, tandis que 2 coureurs arrivent au ravitaillement. J’ai dû faire environ 1’40 de pause.

On attaque ensuite une portion plutôt roulant pour rejoindre Méaudre.

La météo est toujours correcte et il fait même bon pour courir. Je profite de cette portion pour continuer à bien me restaurer. J’essaye d’avoir un bon rythme, mais toujours en me sentant très à l’aise car je sais que la fin du parcours sera exigeante. Je gagne tout de même une place dans une portion descendante.

L’arrivée vers Méaudre est assez monotone, mais je profite de ce passage pour me ravitailler et optimiser mon ravitaillement. Ainsi, tout en trottinant sur le bitume, je rempli 1 flasque de poudre énergétique.

J’arrive donc au ravitaillement de Méaudre et l’on m’annonce 12e (en fait 11e d’après le site de suivi). Je demande aux bénévoles s’ils peuvent me remplir ma flasque tandis que je bois un verre de coca, et je repars avec 2 bouts de banane après seulement une vingtaine de secondes d’arrêt.

 

(Rémy) Ultra Trail du Vercors 2017

La portion « Méaudre – Autrans » est une grande classique et je décide de ne pas trop forcer sur la première partie. Je marche sur un bon rythme tout de même, mais derrière, Rémi Coquard semble me revenir progressivement dessus en petit trot, suivi de près par un autre coureur. Je termine le passage un peu pentu et relance doucement sur une portion devenue bien plus roulante. Mais je m’attends tout de même à me faire rattraper. Et à ma grande surprise je regagne un peu de terrain.

Je range les bâtons dans le carquois et essaye de courir pas mal, sur un rythme encore une fois efficace et confortable et cela se passe plutôt bien. Me voilà bientôt sur Autrans et j’aperçois la fameuse piste de luge puis le tremplin à ski.

J’effectue la descente en me laissant pas mal aller dans la pente afin d’aller vite sans vraiment me fatiguer. Sur le bas, j’aperçois le coureur avec qui j’avais partagé l’ascension du Pas de la Balme (Paul-Emmanuel Mangois). Il est à une trentaine de secondes devant moi.

A l’entrée du village, j’aperçois David qui m’attend. Il est monté spécialement de Seyssins et cela me fait très plaisir. Il m’encourage chaleureusement et me suit jusqu’au ravitaillement.

Je retrouve aussi Fanny, qui est venu du gîte pour m’assister. Je lui avais donner des flasques à me remplir d’avance et ainsi nous n’avons plus qu’à faire un échange entre les vides et les pleines. Pour ce ravitaillement, je teste un petit truc que Romain, commercial à Ergysport, m’avait conseillé : Je bois un bidon de boisson de récupération, afin d’avoir des jambes plus solides pour la suite de la course. Egalement, j’emporte dans mon sac une 3e flasque, remplie de boisson de récup. Cela me permettra d’en reprendre à St Nizier mais surtout de me faire une réserve de liquide supplémentaire, car la section Autrans – St Nizier est tout de même assez longue.

Denis Beaudoing, l’un des favoris de la course est au ravitaillement et souhaite abandonner. J’essaie de l’encourager un peu mais il semble déjà l’esprit hors de la course.

Je repars donc en pensant être aux alentours de la 10e place. Mon objectif est donc en bonne voie, mais il faudra tenir, ce qui n’est pas gagné car derrière, il y a 2 ou 3 coureurs qui me talonne. David m’accompagne quelques centaines de mètres mais comme il doit se réserver pour le 10km de Grenoble du lendemain, il me laisse poursuivre en solo.

Ça poursuit par une portion relativement roulante où je ne suis pas particulièrement à mon aise et je sens que je ne suis pas très efficace, même si je me sens bien. Je limite tout de même les dégâts et parviens à ne pas me faire récupérer par mes poursuivants. Et après une petite descente, je parviens même à revenir à quelques secondes de Paul-Emmanuel.

Dans la difficile ascension qui monte vers La Molière, j’essaie de faire un peu l’effort. En effet je me sens plutôt bien et je sais que c’est certainement un passage où beaucoup vont accuser le coup. Du coup, je reviens rapidement sur Paul-Emmanuel et creuse le trou derrière. Mais après plusieurs minutes, je me rends un peu à l’évidence : je ne pourrai pas tenir ce rythme sur cette montée assez pentue et j’opte finalement pour un effort un peu plus confortable.

En sortant des bois, le vent commence à se faire un peu plus sentir, d’autant qu’il commence à être un peu plus froid. De plus, la pluie fait son apparition et d’après les prévisions, il va falloir faire avec pendant longtemps… Mais je me dis que je suis presque au sommet et qu’il fera meilleur en redescendant… puis je change assez vite d’avis car je sens que le froid s’installe.

Je décide de mettre la veste. Mais j’hésite à la mettre sur le sac ou sous le sac… ??? et j’opte finalement pour mettre la veste sous le sac car je me dis qu’à présent, je ne devrais plus l’enlever.

Je passe le sommet puis entame la redescente sur Engins. Le début est assez roulant et j’en profite pour faire un peu l’effort afin de limiter le retour de mes poursuivants que j’estime proches. Puis la descente devient un peu plus technique, et même assez délicate avec la pluie car le monotrace propose des passages avec pierres et mousse assez piégeux. Je ne prends pas de risque et n’hésite pas à bien ralentir car je n’ai pas trop envie de faire une chute… Puis lorsque ça devient plus propre, j’essaie de dérouler.

Dans la descente à proximité d’Engins, je croise David de l’ALE… mais pas le même qu’à Autrans 😉. Il m’encourage et je poursuis jusqu’au barrage d’Engins.

Puis le parcours remonte très légèrement par de la route où j’essaie de courir au maximum, et le tracé nous envoie dans le redoutable Pas du Curé.

Je me sens toujours bien, et j’ai bien pris le temps de boire et manger durant la descente. Je sais que je peux forcer, j’ai peu de risque de faire une hypo. Alors j’essaie d’imprimer un bon rythme, même si le côté technique de certains passages me limite un peu, surtout avec mes bâtons. Derrière, je ne vois personne arriver mais je poursuis mon effort en me disant que je reviendrai peut-être sur un coureur.

Le vent est assez fort à proximité de St Nizier et bien frais… ou même froid. Je commence à me dire que les conditions vont être assez délicates sur la suite du parcours et que je ne serai pas étonné que le parcours soit modifié afin d’éviter les passages en altitude. Car autant je me sens tout à fait capable de passer les crêtes, mais je me dis que certains coureurs passeront plus lentement et peut-être dans un état d’épuisement avancé.

J’arrive au ravitaillement de St Nizier et je termine ma flasque de boisson de récup Ergysport. Je fais le plein de 2 flasques et je demande des infos sur ma position. On m’indique que je suis 7e, mais que devant c’est assez loin et que je ne devrais pas les revoir.

Je demande si le parcours est modifié et l’on me dit que pour le moment rien n’est changé. Je repars, bien motivé à faire une belle ascension car je me sens solide sur le plan musculaire et énergétique. Je place la capuche de la Bonatti sur ma tête et tout de suite, je me sens mieux et ressens bien moins le froid. C’est vraiment agréable.

A la sortie de St Nizier, un peu au-dessus du tremplin, je crois un joli chevreuil qui ne semble pas apeuré et qui me regarde passer, à seulement 3 ou 4 mètres. J’entame alors l’ascension au Moucherotte et à ma grande surprise, les conditions sont plus correctes que ce à quoi je m’attendais. En effet, le tracé est relativement à l’abri et il n’y a pas ou peu de vent. Je poursuis mon ascension soutenue, en faisant bien attention au balisage malgré le léger brouillard, puis à proximité du sommet, j’arrive à la hauteur de 2 bénévoles qui m’indiquent que les 30 derniers mètres de D+ sont amputés.

Je repars donc sur la large piste, peu ludique en direction de Lans en Vercors. Ce chemin n’est pas du tout agréable, mais je le connais bien et j’essaye d’aller tout de même sur un rythme soutenu. Je profite de cette descente pour tenter de manger 1 ou 2 barres, mais je les mains glacées et je ne parviens pas à ouvrir mes barres. Même avec les dents c’est très compliqué. Mais au bout de quelques minutes d’essais, je parviens à manger mes 2 barres à l’abricots et aux fruits rouges.

Voilà ensuite rapidement la remontée sur le Vertige des Cîmes. Là encore, le vent et le froid sont moins gênant que ce à quoi je m’attendais, même si mes mains sont tout de même bien glacées.

J’aperçois devant moi un coureur, ou un randonneur, je ne sais pas trop dire car de loin j’ai un doute. Je reviens peu à peu sur lui alors que le ravitaillement se rapproche. Il s’agit en réalité d’un coureur, mais qui s’est recouvert de sa couverture de survie en raison du froid. Nous parvenons ensemble au ravitaillement du Vertige des Cîmes.

On discute un peu avec les bénévoles qui nous offrent un thé et qui me disent que j’ai l’air vraiment bien par rapport aux autres. Je les remercie chaleureusement car vu les conditions, je pense que leur situation est encore moins confortable que la mienne.

Dans le trajet qui me mène au Pic St Michel, un coureur me revint dessus et me dépasse assez rapidement. Je comprendrai après quelques secondes qu’il s’agit en fait de la première équipe en relai à 4. Peu après, c’est au tour de David Zijp de me dépasser.

Je retrouve bientôt le chemin du Pic St Michel que je connais et je sais que le sommet est proche. Ainsi j’augmente sensiblement mon rythme. Devant j’aperçois un coureur. Je prends les écarts et je suis à environ 2’. Au pointage suivant, juste avant le sommet, je suis à 1’30.

Je passe le sommet et entame la descente. Je fais bien attention à ne pas glisser sur les rochers humides et je reviens assez rapidement sur le coureur, le voyant peu à l’aise en descente. En le passant, je l’encourage en lui disant qu’à présent ça ira de mieux en mieux et il me demande si j’ai vu le coureur en difficulté avec le froid au sommet. Je lui réponds que non et je suis même surpris qu’il y ait quelqu’un car j’étais bien sur le chemin, et même si je regardais principalement où je mettais mes pieds, j’ai tout de même regardé plusieurs fois de façon large, notamment pour voir si j’apercevais ou pas des coureurs devant ou derrière moi.

Le coureur me dit qu’il faut prévenir les secours et justement quelques mètres plus bas, un homme remonte le sentier. Je lui dis donc qu’il semble qu’un coureur soit en difficulté à proximité du sommet et il me signale qu’il a déjà été informé et qu’il monte justement à sa rencontre.

Je poursuis et une fois au col de l’arc, je m’arrête vers la tente où un bénévole possède une radio. Je lui demande s’il a lui aussi eu l’information d’un coureur en difficulté et il me confirme que oui.

Je poursuis ma descente, toujours en faisant attention de ne pas tomber, car même si le sol est à présent bien moins caillouteux, il n’en reste pas moins très glissant. Je regarde l’altimètre qui descend, mais Villard n’est toujours pas en vue.

Puis un peu plus bas, un père et son fils m’encouragent et le père m’informe que l’arrivée est dans 2km… et que le 3e est 100m devant moi. Je n’essaie pas d’accélérer, mais je m’efforce de courir un maximum sur la petite remontée de 30m+ qui arrive, la dernière du parcours.

Je reviens sur l’autre coureur juste au sommet et il me dit de descendre devant lui. Je me laisse ensuite glisser jusqu’au village et parviens dans le centre de Villard de Lans après 10h51 d’effort, en 3e position.

(Rémy) Ultra Trail du Vercors 2017

Je retrouve sous le chapiteau d’arrivée les amis Romain, Seb et plein d’autres. Mais au bout de 15 min à discuter, je commence à me faire un peu saisir par le froid. Il est temps d’aller à la douche.

Peu après, c’est Christophe qui arrive après avoir était dirigé sur un parcours de repli afin d’éviter les sommets.

 

Un peu plus tard, j’apprendrai que le coureur qui était en difficulté au Pic St Michel était Yannick P et qu’il était tombé dans une hypothermie assez sévère. Rapidement pris en charge par les secours, il a été hospitalisé. Heureusement, après quelques jours à l’hôpital, il semble que tout soit rentré dans l’ordre. J’espère qu’il sera rapidement de retour sur les sentiers.

Je profite de ce CR pour féliciter l’organisation pour avoir su rapidement adapter le parcours pour une sécurité renforcée, et bien évidemment, un grand merci aux bénévoles qui ont connu des conditions difficiles et qui malgré tout avaient de larges sourires bien chaleureux.

 

Pour ma part, outre le résultat, je suis satisfait des sensations de course et de ma gestion. Je me suis senti très solide musculairement et très honnêtement, j’aurai pu faire 20 ou 30km de plus sans soucis. Peut-être que la boisson de récup Ergysport à Autrans et St Nizier n’y ait pas étranger car pour le reste, je n’avais rien modifié.

Et bien entendu, merci à mes partenaires Endurance Shop Echirolles, la Spiruline du Dauphiné, Ergysport et Salomon. Merci aussi à ma chérie qui est venue m’encourager et m’assister à Autrans.

photos issues du site de l'UTV

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