Rémy : Intégrale des Causses 2016

Le festival des Templiers représente chaque année une grande fête du trail. Et c’est une fête à laquelle j’adore participer. En général, sauf raison particulière, j’essaie de participer à la Grande Course des Templiers, l’épreuve phare du dimanche avec un plateau extrêmement relevé.

Mais cette année, dans ma planification, ce n’était pas judicieux. En effet, avec l’UT4M au programme, je ne me voyais pas repartir sur une prépa pour les Templiers, car c’est une course qu’il faut aborder au moins à 100%. Du coup, j’ai préféré partir sur l’Intégrale des Causses, un tracé sauvage de 62km et 3200m+.

Le parcours est absolument superbe et le fait que la course soit le vendredi, cela me permet d’être ensuite plus disponible pour gérer le séjour car cette année, j’ai organisé un déplacement club/coachés/amis sur Millau.   La vraie fête du trail !

Côté objectif sportif, cette course a surtout pour objectif de me faire retrouver un peu de sensations, après un mois de septembre très compliqué avec pas mal de fatigue et des séances peu encourageantes. A la vue du plateau un peu plus dense que l’année précédente, je pense que le Top10 est tout de même abordable, mais je me fixe surtout un objectif de temps : si possible moins de 7h00.

 

Arrivée sur Millau le jeudi après-midi, retrait des dossards et direction le gîte sur Peyreleau. Un gite de groupe très accueillant que je vous recommande vivement pour vos déplacements club (capacité 30 personnes et des repas au TOP !). On discute un peu puis il est temps de préparer ses affaires du lendemain.

Vendredi matin, direction Monstuejouls à 5 min de voiture. Il fait nuit et surtout très froid (0°c). Après un très léger échauffement, je me replace sous le préau où la température est un peu plus supportable pour finir mes préparatifs.

Le speacker annonce que le départ est dans 5 minutes, il est temps d’aller se placer… Mais malheureusement, il y a beaucoup de monde dans l’air de départ, ce qui est bien logique. J’essaie de me faufiler un peu mais je n’aime pas trop forcer le passage. Du coup, après avoir gagné quelques mètres, je reste positionné autour de la 150e place. Je me dis que le peloton n’est pas gros et que j’aurais rapidement trouvé ma place une fois le départ lancé.

TOP c’est parti !

Et ça s’élance très doucement devant moi…. En tout cas, beaucoup plus lentement que ce à quoi je m’attendais et il m’est très compliqué de doubler. Bon la route est longue et je ne m’affole pas. Je patiente un peu et double de temps en temps. Je remonte peu à peu et revient sur Florence qui m’encourage. On se souhaite bonne course et je poursuis ma remontée.

Soudain, le tracé fait prendre une côte en monotrace. Je suis un peu ralenti, mais sans plus. Heureusement que j’ai pu doubler pas mal de monde juste avant car j’imagine que ce point risque de créer des petits bouchons. On traverse ensuite les ruelles d’un village et je reviens sur les premières féminines. Il me semble reconnaître en particulier Maud Respaud. Je poursuis mais forcément petit à petit, il y a moins de monde à doubler.

Je vois des frontales devant, mais la cassure est faîte et je ne pense plus à les rattraper. Je n’ai aucune idée de mon classement 10, 20, 40e ????

 

Dans la descente sur le Rozier, je reviens sur un coureur. Etant plus à l’aise que lui en descente, il me laisse passer. Nous arrivons quasiment ensemble au ravito du Rozier, où je prends le temps de boire un verre, car je sais que la montée sera un peu exigeante ensuite. Je repars du ravito juste devant l’autre coureur, en 14e position (mais je ne le sais pas).

Rapidement, le tracé monte et nous empruntons le sentier des cornichons, au cœur du village. Un joli petit passage derrière les maisons. Puis nous rejoignons la route de Capluc pour ensuite débuter le fameux sentier du vertige, un chemin en balcon absolument superbe.

Je distance petit à petit le coureur qui me suit, mais devant, je ne vois pas grand monde…

Je gère mon effort tranquillement. La route est longue, même si j’ai le sentiment de ne pas être assez dans le rythme de course qu’il faudrait.

Je passe bientôt les somptueux « Vases », des rochers en forme curieuse, mais superbe avec ce lever de soleil. Un vrai bonheur.

Puis j’entame la descente sur Le Truel. Je sais que je suis en principe à mon aise dans ce terrain et j’essaye d’optimiser ce passage en étant bien concentré. Ça défile et je me fais bien plaisirs.

J’arrive sur la route, et l’emprunte pour rejoindre le village de Truel, mais malgré la bonne visibilité sur la route, je n’aperçois personne devant. Le trou a été fait.

Je passe le ravitaillement liquide du village en espérant avoir une indication sur ma place et sur mon retard éventuel, mais je ne récolte pas d’info. J’avoue que cela me sort un peu de la course car avec la descente dynamique que j’avais faite, je pensais pouvoir retrouver un contact au moins visuel, avec un coureur me précédent. Mais bon, la route est encore longue. D’ailleurs je me fais une petite remarque amusante en regardant ma montre. Cela fait environ 1h30 que le départ a été donné, et inconsciemment, je me dis : « Bon, c’est bientôt fini, plus que 5h30 de course ! ». ça peut faire sourire, mais après un été orienté ultra, 5h30 de course, c’est vraiment rien ;-)

J’entame la montée du Causses et j’ai le malheur qu’il y a 2 ans, lors de mon Endurance Trail, j’avais repéré ici un merveilleux coin à chanterelles…. Nous y avions fait une superbe récolte avec plus de 15kg sur 3 jours (et encore il en restait au moins autant). Du coup, je jette un œil régulièrement dans les sous-bois pour savoir s’il ne serait pas intéressant de revenir le lendemain… Malheureusement, je ne vois rien.

Mais ce petit passage bucolique et pas très « sport » m’a un peu fait baissé ma cadence d’ascension, si bien que j’écoute un coureur me revenir dessus. Je me remobilise et retrouve une allure plus correcte, même si je m’attends à me faire dépasser.

Finalement, le coureur ne me dépassera pas et je serai même surpris de le distancé plutôt rapidement dès le retour du plat. Je me sens à l’aise sur ce plateau et j’en profite pour dérouler sur une allure assez correcte.

 

Rémy : Intégrale des Causses 2016

Après une belle traversée dans le givre et le froid, j’arrive enfin à St André de Vézine, 2 ravitaillement solide. Mon papa est présent, avec Romain. Ils me donnent des flasques pleines. Je pose ma frontale et je prends les bâtons, même si leur utilité sera un peu plus éloignée (je n’avais pas d’assistance possible sur Pierrefiche). J’ai les mains bien gelées et heureusement que mon papa et Romain sont là, car j’aurai eu beaucoup de peine à remplir mes flasques seuls. Mon père m’annonce 14e, mais m’indique que devant les coureurs sont loin… donc je m’attends à présent à ne pas espérer doubler dans l’immédiat. Mais bon, il reste encore des kilomètres à faire d’ici Millau. Le plus dur est à venir.

Je repars assez rapidement. J’essaye d’enfiler mes bâtons dans mon système de fixation, mais malheureusement, je n’avais pas vérifié le système de serrage. Celui-ci est détendu, et avec mes mains gelées, impossible de le resserrer. C’est assez pénible car du coup, les bâtons se balancent pas mal. Et comme c’est une portion bien roulante où il faut courir à bon rythme, ça se balance même beaucoup.

Après 5’ à essayer de les resserrer, j’opte pour les transporter à l’ancienne… c’est-à-dire à la main.

Je retrouve ensuite une meilleure allure et je descends sur La Roque Sainte Marguerite. La descente est assez facile et roulante. Je m’attendais à une portion un peu plus technique.

Arrivée à La Roque, mes flask sont encore bien remplies et je ne m’arrête pas au point d’eau. Je traverse le pont et entame la montée sur Pierrefiche.

Cette ascension est assez franche et j’utilise mes bâtons avec beaucoup d’efficacité. Toutefois, je fais attention à trottiner dès que possible car le piège avec les bâtons est de rester un peu trop dans le confort de la marche… Bon, cela dit, les passages courus sont assez brefs dans cette ascension, mais cela permet de varier un peu l’effort musculaire.

Même si j’aurai préféré récupérer les bâtons sur Pierrefiche, je dois avouer qu’ils sont tout de même bien utiles sur certaines portions bien raides. Je suis convaincu que j’avance sur un bon tempo, mais comme depuis le début, je ne vois personne devant…

Je sors des sous-bois et je sais que cela signifie que la fin de l’ascension est proche. J’essaye de reprendre à trottiner. Une petite descente roulante et une dernière petite bosse me mènent dans le petit hameau de Pierrefiche. L’ambiance n’est pas aussi importante que sur l’épreuve du dimanche de la Grande Course des Templiers… Les spectateurs ne se bousculent pas et j’ai même un doute sur le fait que ce soit le bon village ;-)

Je rentre dans la salle où se présente le ravitaillement et là, j’aperçois un coureur en train de se ravitailler. « Ah enfin ! » me dis-je.

Je fais un rapide plein de mes 2 flasks, et je place ma flask à moitié remplie à l’arrière de mon sac, en réserve de secours. Je bois un peu, puis repars après une pause qui aura durée 1’10, quelques secondes derrière l’autre coureur.

 

Je sais que c’est maintenant que débute la portion qui va décider si je réalise une bonne ou une mauvaise course… Je me sens bien et j’ai à cœur de faire une bonne fin de course.

Je dépasse rapidement le coureur. Il semble manquer de fraicheur. Musculairement, je suis plutôt bien malgré les 35km déjà effectués. J’essaie donc de courir au maximum, sans toutefois prendre trop de risques de crampes.

Les descentes sont effectuées en étant bien à l’aise, et en cherchant à ne pas me retenir. Mais malgré une sensation de bien descendre et bien monter, les places sont dures à grappiller. Je dois être 12e et le top10 visé est encore loin d’être acquit…

La section est sauvage et parfois légèrement technique. Mais c’est superbe et le froid commence à s’estomper

Autour du 45e km, je reviens enfin sur un coureur. Et j’ai même la bonne surprise de voir qu’il n’est pas seul et que c’est donc 2 coureurs que je viens de rejoindre. Malgré tout, ils ne semblent pas spécialement en difficulté et je prends mon temps pour les dépasser. J’observe l’un des dossards (je n’ai pas vu le second), il s’agit de Raphaël Grisel (Team Hoka).

Dans une légère portion montante, je les encourage brièvement puis les dépasse. Je m’aperçois que mes bâtons m’aident bien par rapport à eux qui n’en n’ont pas.

Me voilà donc théoriquement dans le Top10. Mais bon, il faut tenir à présent et pourquoi pas reprendre encore 1 ou 2 places. Car avec la montée du cade que je connais, je sais qu’il est encore possible de gagner du temps par rapport à certains.

Je me dirige tranquillement vers Massebiau. La descente me convient bien, même si parfois je suis contraint de ralentir et d’avoir une allure assez saccadée lorsque je double certains groupes de coureurs du marathon du Larzac.

Juste avant le fameux pont de Massebiau, je passe devant une personne installant un ravitaillement « clandestin » pour un coureur (j’ignore lequel). Sachant que l’assistance est interdite ici (et à Massebiau également) je suis assez déçu par cette tricherie préméditée et délibérée…

 

Je franchi le pont et retrouve le hameau de Massebiau où se trouve un point d’eau. J’ai finalement assez peu bu sur cette section « Pierrefiche – Massebiau » et mes flask ne sont pas encore vides. Mais je préfère assurer le coup, car cette montée va me demander pas mal de force. Je fais ainsi rapidement le plein de mes flasks.

J’attaque cette dernière grosse difficulté (la plus dure du parcours) sous les encouragements de Florence et d’Aurélien. Florence a malheureusement dû abandonner. Ils m’annoncent que 2 coureurs ne sont pas loin devant. Cool ! Mais en revanche, ils m’annoncent 11e et non 10e… il va falloir encore forcer un peu pour rentrer dans l’objectif.

Le début de l’ascension se passe bien et je me sens bien efficace. C’est la première fois que je fais cette montée au Cade avec les bâtons et je dois bien avouer que c’est un « plus » indéniable. La pente est raide mais les bras poussent bien et je me hisse progressivement en direction de cette fameuse ferme de Cade.

Je reviens rapidement sur un coureur et le dépasse dans une portion bien raide. Un peu plus loin, je reviens sur un nouveau coureur. Et je suis très surpris de reconnaitre Yoan. Moi qui pensais qu’il gagnerait cette édition… Yoan m’explique que des crampes l’ont obligé à lever le pied. Malheureusement, je n’ai plus de pastilles anti-crampes sur moi pour l’aider. Je l’encourage et poursuis mon ascension.

La fin de l’ascension est proche et j’essaye de hausser encore un peu mon effort mais je ne reprends personne et arrive à ce dernier ravitaillement. J’aperçois mon père et nous faisons un ravitaillement express. Je lui dépose mon sac et mes bâtons et repars aussitôt avec la ceinture porte-bidon. Temps d’arrêt inférieur à 2 secondes ;-)

Mon père m’annonce 9e, et la personne qui me pointe m’indique 8e… Bon, on verra bien à la fin.

Mon père m‘indique que devant les coureurs sont assez loin et que je ne pourrai en principe plus gagner de place. Mais comme je me sens encore en forme et que je suis plutôt bon descendeur, je me dis qu’il est encore possible de faire un gros final. Et puis outre le classement, j’ai également pour objectif de passer sous les 7h et en voyant ma montre, je me dis que c’est encore jouable.

Je trottine autant que possible puis arrive rapidement du côté du Puncho. Y’a pas à dire, l’accès à ce site est bien plus simple de ce côté que par le sentier raide proposé sur la Grande Course des Templiers.

Je poursuis et entame bientôt le single synonyme de descente finale. Une succession de montagnes russes où je fais l’effort pour grappiller encore quelques secondes et me voici dans la fameuse grotte du hibou. Il y fait toujours aussi sombre, et je manque de tomber en ne voyant pas la grosse marche à gravir.

A la sortie de la grotte, le sentier plonge sur Millau. Les coureurs du marathon du Larzac sont bien sympas et me laisse passer sans soucis. J’essaye de les remercier et de les encourager à chaque fois.

Puis un coureur me laisse passer, mais j’ai l’impression qu’il ne s’agit pas d’un coureur du marathon. Il s’agit en réalité du Belge Etienne Van Gasse (Team Salomon), favori de la course.

Je poursuis ma descente en dépassant encore bon nombre de coureur du marathon. Sur la fin de la descente, à environ 300m de la tente d’arrivée, je reviens sur un dernier groupe de coureur du marathon. Mais juste avant la jonction, l’un des coureurs accélère un peu. Je poursuis mon effort et comprends qu’il s’agit en réalité d’un coureur de l’Intégrale des Causses.

J’avoue que j’hésite à continuer ma descente rapide car c’est un peu moche de gagner une place juste au niveau de l’arrivée. Mais en même temps, il s’agit d’une course et elle se termine à la ligne… Je décide alors de tenter de finir avec lui. J’accélère un peu et me place à sa hauteur juste avant le dernier virage. Un peu sans souffle, je lui dis un « Allez… » sous entendant (pour moi) « Allez, on finit ensemble… ». mais je pense que ce coureur à interpréter  plutôt comme « Allez ! on lance le sprint ! », car il a accéléré de nouveau juste au dernier virage. Alors du coup, j’ai suivi, me sentant plus frais.

Dans le virage, il me ferme le passage et me donne involontairement un coup de coude dans le sternum. Sur les petites marches qui suivent, il tente de nouveau de me bloquer le passage et s’entrave dans les escaliers. Je le retiens pour lui éviter une petite chute. Il repart aussitôt en sprint pour les derniers mètres. Je suis et franchis la ligne une demie-foulée avant lui.

Un peu partagé par ce final pas spécialement convivial, mais qui correspond malgré tout au principe d’une course.

 

Je retrouve ensuite mon père et mes partenaires de l’ALE présents sur cette aire d’arrivée.

 

Bien satisfait de cette 6e place, et surtout de ce chrono encourageant de 6h52. Je venais pour me rassurer en vue de la Saintélyon, et le déroulement me convient tout à fait. Je fini avec une très bonne fraicheur et très honnêtement, j’aurais pu aisément faire 15 km supplémentaires avec une bonne aisance.

Au niveau énergétique, je n’ai pas connu de coup de barre. Le seul regret est celui d’avoir été très mal placé au départ et d’avoir était bien seul sur la première partie de course. Peut-être que si j’avais été avec un petit groupe de coureur plus devant, j’aurai pu faire une course encore meilleur… mais peut-être aussi que je me serai grillé ;-)

En tout cas, ce fut un parcours absolument superbe. Majestueux et sauvage. J’ai adoré.

Merci à mon Papa pour l’assistance et à mes partenaires Endurance Shop Echirolles, la Spiruline du Dauphiné et Salomon pour leur soutien.

Arno Le Fou 15/11/2016 11:13

Chapeau bas pour le performance ! Moi aussi j'étais sur cette course mais je suis tout l'inverse de toi, il n'y a que 6 personnes derrière moi. Mais je suis finisher de la plus grosse course que j'ai faite pour l'instant. J'ai aussi un récit de course (http://letraildesfous.over-blog.com/) pour ceux qui sont plus tortue (escargot même !) que lièvre. M'enfin, il fuat bien des premiers et des derniers :-)

Manu 05/11/2016 18:52

Super course très personnelle vu ton départ loin des premiers mais c'est ce qui t'as peut-être permis de réaliser une très bonne prestation avec la sensation d'aller plus loin.
A suivre pour la STL.

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