Rémy : 100km de Belvès 2015

Rémy : 100km de Belvès 2015

Contexte : 

Cela fait un bon moment que je suis tenté par un 100km route. L’idée est bien sûr de voir un peu quel est mon niveau, mais aussi de pouvoir partager intégralement une épreuve sportive avec ma femme, puisque la grosse majorité des 100km autorise les accompagnants en vélo. C’est toujours plus sympa pour elle que de partager 15 secondes sur 2 ravitaillements d’un trail de 8h… Et histoire de rendre cette journée sportive plus agréable, j’ai opté pour le 100km du Périgord, une région que nous ne connaissons pas encore, mais qui semble favorable à une après-course gastronomique…

 

La prépa spé a été assez courte, mais bien suffisante à mon goût, car même si j’ai trouvé sympa de faire un peu de séance sur route plate (ça change), il était temps que la prépa se termine car les sorties longues sont vite lassantes…

 

La forme semble donc être au rendez-vous, mais quelques pépins de dernières minutes viennent noircir cette dernière ligne droite. Tout d’abord, une petite douleur sous mon pied droit a progressivement fait son apparition au fil de la prépa, pour devenir assez dérangeante après 10-15km… un problème d’appuis pas bien méchant semble-t-il, mais qui s’annonce bien pénalisant lorsque l’on s’engage sur 100km (début de névrome de Morton peut-être ?). Mais après concertation avec mon osthéo, je teste d’enlever mes semelles orthopédique et cela va beaucoup mieux (juste le bout de pied engourdi).

 

Ensuite, ma femme qui doit assurer mon assistance est soudainement bloquée du cou et de l’épaule gauche… : névralgie cervico-brachiale (sciatique du bras et des cervicales). Bien handicapant et surtout très douloureux. Son état s’améliore grâce à un traitement important, mais on se demande s’il est raisonnable qu’elle fasse 8h de vélo à mes côtés, d’autant que la météo n’est pas annoncée très clémente.

 

Mon père se propose alors de faire mon assistance, mais il est encore en convalescence d’une fracture de fatigue à la malléole externe… donc pas forcément plus raisonnable.

 

Et pour finir en beauté, lors de ma dernière sortie à pieds, le mardi d’avant-course (séance de 4*3’ que je fais en nature pour limiter au maximum ma douleur sous le pied), je trouve le stupide moyen de mal poser mon pied sur une racine et je me fais une entorse. Sur le coup, je boitille, puis j’arrive à trottiner pour regagner le domicile. Mais 3h plus tard, ce n’est pas la même… La douleur est très forte et il m’est impossible de mettre le pied par terre. Même sans bouger, c’est très douloureux. Je glace un maximum et tartine mon pied d’arnica et de Voltarene… y’a plus qu’à attendre, mais ça semble très compromis car le pied est bien gonflée.

 

Le lendemain (mercredi), le pied a désenflé. L’appui est possible mais encore douloureux. Et les mouvements de cheville sont très limités. Je continue le glaçage régulier et l’application de Voltarene.

 

Jeudi, ça va encore mieux mais je sens toujours ma cheville bien fragile. Après avoir réfléchi à pas mal d’éventualité (report sur un autre 100km,, ou sur un prochain trail), je décide de prendre le départ, mais de stopper ma course à la moindre alerte. Je me dis que sur route, je ne risque pas trop de vriller ma cheville… théoriquement.

 

Quant à Fanny, elle fera bien mon assistance, mais le parcours étant en aller-retour, on envisage qu’elle fasse une bonne pause en milieu de parcours pour se ménager (estimation d’une pause d’environ 1h30/2h).

 

  

Objectif : Niveau 2 : objectif important.

 

S’agissant de mon premier 100km et n’ayant pas fait de course sur route de plus de 10km depuis environ 10ans, je suis un peu prudent sur un chrono possible ou probable.

D’après internet, mes chronos sur 10km pourrait me donner un temps de 8h20, mais cela reste très aléatoire car même mes références sur 10km sont très rares… et je ne suis pas du tout certain d’être sur les bases de mon meilleur chrono en ce début d’année.

 

Avant d’entamer ma prépa, j’avoue que je me sentais pas très en jambe. Je sortais de 2 résultats très moyens à Gruissan et Vulcain, et j’ai senti le besoin de me faire une bonne prépa sérieuse et assez exigeante.

Et au fil de la prépa, les sensations sont revenues et je me suis senti de plus en plus à l’aise sur le bitume. Du coup, après quelques bonnes allures sur mes sorties longues ou seuil, j’ai commencé à me dire que les 8h00 pouvaient être envisageables.

 

 

Mais avec les évènements de ces derniers jours (douleur sous le pied, entorse, assistance incertaine…), l’objectif chronométrique est devenu un peu secondaire…

le vélo d'assistance piloté par Fanny

le vélo d'assistance piloté par Fanny

Déroulement :

Après avoir laissé nos enfants chez Papy et Mamie, direction la Dordogne avec Fanny pour un weekend « sport and gastro » dans le Périgord. Arrivée dans le joli village de Belvès, on retire nos dossards et installons notre chambre (bon, en fait, on gonfle le matelas pour le mettre dans la voiture…). Ensuite, direction un bon resto, dans le centre du village, qui propose un repas sportif appétissant (mais le serveur ne nous propose pas tout de suite le menu car selon lui, on ne ressemble pas à des sportifs ;-) ).

 

Après une bonne nuit il est temps de se préparer. Fanny a son « départ accompagnateur » à 7h20, et l’on prépare le vélo en essayant de ne rien oublier…

Une fois Fanny partie avec le peloton de cyclistes, je retourne finir de me préparer puis me place à proximité du départ, qui est prévu à 8h.

 

Le speacker annonce quelques favoris. J’avoue que ne connaissant quasiment pas les coureurs de 100km, je n’ai même pas regardé la liste des engagés et n’ai pas trop d’idée sur le niveau de la course d’aujourd’hui. Le speacker annonce Michael Boch, que je connais bien pour être le frère de Benjamin, un ancien du club. Michael est un membre de l’équipe de France (probablement le meilleur d’ailleurs) et nous nous sommes déjà croisés sur quelques trails comme « la Saintélyon », « l’Eco Trail » ou « Le Puy- Firminy ».

Mais d’autres favoris sont annoncés comme un Australien que l’on présente avec un record en 7h sur 100km et qui prévoit de faire 7h05 aujourd’hui. Egalement Hervé Seitz, qui a enchaîné 3 podiums sur les 3 dernières éditions des 100km de Millau. Et aussi quelques coureurs habitués de cette course et régulièrement très bien classés.

Bref, je me dis donc que la course semble plus relevée que prévue (avec les France 3 semaines plus tard, je pensais que le niveau serait moindre) et que théoriquement, je ne devrais pas me trouver dans le top5.

 

J’attends le départ patiemment en restant assis sur un trottoir afin de ménager ma cheville. Je décide de ne pas faire d’échauffement en faisant un calcul simple : si je m’échauffe, je vais probablement faire un petit footing entre 12 et 13km/h, alors que je sais qu’en fin de course je serai moins rapide. Donc autant faire mon échauffement sur les premiers kilomètres pendant la course, cela repoussera peut-être la fatigue musculaire qui de toute façon arrivera.

 

Allez, il est 8h et je me place sur le devant du peloton. Un dernier petit discours et le départ est donné.

Départ prudent. Plus que 99.9 km...

Départ prudent. Plus que 99.9 km...

Comme prévu, je suis bien prudent sur ce début de course qui débute par un petit tour dans le village. Sur les 500 premiers mètres, je dois être environ 15e mais je me concentre surtout sur mon allure où j’essaye de ne surtout pas dépasser les 14km/h. Devant Michael est parti très fort, probablement à plus de 16km/h et il est déjà bien seul. Seul l’australien tente de limiter un peu l’écart.

Je passe le premier kilomètre en 4’22. Plus que 99 à faire ;-)

J’en profite pour faire un petit point et je suis assez content de me trouver bien musculairement. Mais le gros point positif, c’est ma cheville que je ne sens pas. J’essaye donc de ne pas y penser afin de conserver un déroulé naturel.

 

A la fin de la boucle dans le village de Belvès (2e km), je suis surpris de me faire dépasser par la voiture de tête de course, puis juste après de Michael. En fait, la voiture s’est trompée de parcours dans le village et a contraint Michael à faire un petit rajout de quelques centaines de mètres. C’est le seul qui a été pénalisé, les coureurs suivants ayant été remis sur le bon trajet par les bénévoles.

 

On attaque à présent la descente qui nous sort du village. Je me laisse un peu porter par la pente en faisant tout de même attention à ne pas trop « taper » musculairement. Je suis entre 15 et 16km/h, sans forcer et je dois être à présent 8 ou 9e. Cette bonne descente sera à faire dans l’autre sens pour le final de la course. Autant dire que ça va piquer.

 

Au 4e km, on retrouve du plat et j’essaye de trouver une allure confortable. Je suis autour de 14.5 km/h. Je sais que je suis trop rapide par rapport à mon objectif, mais je me sens vraiment à l’aise et n’ai pas l’impression de me fatiguer… Et même si je me doute bien que je risque de le payer par la suite, je conserve cette allure.

 

Je remonte ainsi un peu au classement et suis à présent 6e.

 

Passage au 5e km en 20’43 – 6e

4e km

Je vois quelques secondes devant moi un groupe de 3 coureurs. Le second est un peu détaché devant et Michaël est déjà bien loin devant.

Alors que je reviens doucement sur le groupe de 3, celui-ci s’étire et 2 coureurs (l’australien Rick Cooke et Franck Fradon, 4e l’an passé) s’échappe un peu.

Je passe donc 5e et poursuit à mon allure, qui pour l’instant me convient bien.

 

A ma grande surprise, et sans hausser l’allure, je reviens sur l’australien. Etonnant vu son objectif annoncé, car même si je sais que je suis parti sur des basses un peu plus élevées que mon objectif de 8h, je suis loin d’être sur des bases de 7h05…

 

Voici bientôt le 9e km et le parc à vélo. Il y a beaucoup de monde. L’ambiance semble très bonne et tout le monde m’encourage. Je cherche si j’aperçois Fanny, et la retrouve vers la fin de la zone accompagnateurs. Elle se place à mes côtés et c’est donc parti pour les 91km restants. Elle me raconte un peu le déroulement de son début de journée.

 

Passage au 10e km en 41’37 - 4e (les 5e derniers km en 20’54)

 

 

Au parc à vélo.

Au parc à vélo.

Devant moi, je vois que le 3e perd du terrain sur le second et que je remonte un peu. Petit à petit, je reviens donc sur Franck Fradon et finalement le passe. Il est accompagné par toute une troupe de VTTistes et l’ambiance à l’air très conviviale au sein du groupe.

 

Me voilà donc 3e, mais bon je ne m’emballe pas car je sais très bien que ça ne durera pas toute la course. Vu mon allure, je serai contraint de bien faiblir dans la 2e moitié et je sais que les coureurs plus habitués reviendront sans trop de soucis.

Rémy : 100km de Belvès 2015

La pluie fait à présent son apparition. Cela ne me dérange pas mais je sais que c’est bien moins agréable pour Fanny sur le vélo. Les juges FFA nous dépassent plusieurs fois et nous informent du règlement : « interdiction formelle de se faire assister hors des zones de ravitaillement ». Bon, c’est vrai que j’avais prévu de boire et manger un peu régulièrement tout au long du parcours et que cette info va modifier un peu ma gestion alimentaire, mais comme ce n’est pas la grosse chaleur, je ne m’inquiète pas plus que ça. Je suis surtout étonné car dans le règlement d’avant course, il m’avait semblé lire que l’accompagnateur pouvait assister son coureur comme bon lui semblait.

 

Je poursuis et tout va toujours très bien. Je demande quelques infos à Fanny sur mes temps de passage et allures prévues et cela confirme que je suis plus rapide que mes estimations. Je ne choisis pas de ralentir, me sentant bien et ayant l’impression de courir de façon économique.

 

Passage au 15e km en 1h03’17 - 3e (les 5e derniers km en 21’40)

passage en 3e position

passage en 3e position

La pluie s’arrête, puis laisse place à quelques éclaircies, mais revient encore de temps à autres. Les températures sont bonnes et agréables pour courir.

Toujours pas de douleur à la cheville ou sous le pied, tout semble donc parfait pour le moment. D’autant que nous passons dans certains coins très agréables à regarder, avec de jolis châteaux.

 

Passage au 20e km en 1h24’41 - 3e (les 5e derniers km en 21’24)

 

 

Je passe au semi en 1h29’23 soit avec 6’ d’avance sur mes estimations. Même si je me sens bien, je sais que ce n’est pas raisonnable et je lève sensiblement le pied. Mais je reste malgré tout un peu au-dessus de mon allure prévue à cette endroit.

 

Dans le ciel, les éclaircies commencent à se faire plus nombreuses et plus longues, et le ciel se dégage au loin. La fin de journée s’annonce belle… au niveau météo seulement, car je m’attends à souffrir un peu quand même.

 

Passage au 25e km en 1h46’37 - 3e (les 5e derniers km en 21’56)

 

 

On attaque peu à peu une partie plus vallonnée, et cela se fait un peu sentir dans les jambes. Il faut pourvoir relancer un peu et encaisser les courtes descentes qui malgré tout, se font plus ressentir que lors des trails.

 

Au niveau assistance, on ne gère pas trop mal les passages sur les points de ravitaillement : je prends un bidon de boisson énergétique en début de zone et bois quelques gorgées sur l’ensemble de la zone. En sortant de la zone, je prends un gel ou une barre.

 

Passage au 30e km en 2h08’26 - 3e (les 5e derniers km en 21’49)

 

 

Voilà le premier tiers de bouclé et malgré tout, je commence à sentir un peu les kilomètres dans les jambes. Je lève un peu le pied d’autant que le parcours propose quelques bosses non négligeables. Rien de comparable à un trail, mais en tout cas, suffisant pour obliger à baisser l’allure…

Je demande à Fanny comment vont ses cervicales, car nous arrivons à l’endroit où elle peut se reposer un peu et me laisser seul un moment. A priori, tout va bien pour elle et elle décide de poursuivre à mes côtés, ce qui n’est pas pour me déplaire car c’est vraiment une bonne aide mentale.

 

Passage au 35e km en 2h31’37 - 3e (les 5e derniers km en 23’11)

 

 

Alors que j’étais facile à 14 / 14.5 km/h sur le plat des premiers kilomètres, je suis à présent plutôt autour des 13.5. Cela reste malgré tout au-dessus de mes estimations, et malgré la fatigue qui pointe son nez, je suis confiant pour la suite.

 

 

Passage au 40e km en 2h55’00 - 3e (les 5e derniers km en 23’23)

 

autour du 40e km

autour du 40e km

Je passe à la pancarte « marathon » en 3h05’30 (à ma montre le marathon a été passé autour de 3h03’30). Bon, j’ai encore bien trop d’avance puisque je prévoyais de passer vers les 3h15. Mais bon, je sens que je vais progressivement ne plus gagner de temps sur mes prévisions.

 

D’ailleurs, derrière j’aperçois 2 coureurs qui reviennent. Cela ne m’étonne pas, je pensais d’ailleurs être repris un peu plus tôt.Ils me passeront devant au 44e km dans une petite bosse. Je vois qu’il s’agit d’Hervé Seitz et de l’australien Cooke. Donc rien d’étonnant qu’ils soient devant moi…

 

 

Passage au 45e km en 3h18’24 - 5e (les 5e derniers km en 23’24)

 

passage au marathon autour de 3h05

passage au marathon autour de 3h05

Hervé s’échappe tranquillement et je sens bien qu’il est plus facile et plus frais que moi. Il a bien mieux gérer son début de course, s’est clair. Quant à l’australien, j’ai l’impression qu’il s’est un peu employé pour rester avec Hervé et il semble plus à la peine. Il laisse filer Hervé et ne me prend pas tellement d’avance. J’observe un peu les foulées de chacun et je suis assez étonné par celle de l’australien que je trouve peu économique. J’ai du mal à croire que ce soit le spécialiste des 100km annoncé par le speacker au départ…

Je poursuis à mon allure du moment et nous abordons un long faux-plat montant pour rejoindre Sarlat. Je reste à une quinzaine de mètres de Cooke.

 

Passage au 50e km en 3h42’12 - 5e (les 5e derniers km en 23’48)

 

 

Ça y est, nous avons enfin passé la mi-course. C’est assez étrange dans ma tête, je me sens comme soulagé, mais pas vraiment en bien… c’est comme si la suite n’était pas importante. Me sentant un peu en manque de fraicheur, je décide de commencer à marcher dans certaines bosses. Je sais que la suite va commencer à être difficiles, mais je reste confiant pour mon objectif. Je prévois de temporiser un peu pour garder assez de fraicheur pour finir avec une régularité correcte. Dans ma tête, je me dis que la petite avance obtenue jusqu’ici devrait me permettre de bien passer ce léger coup de mou et de repartir ensuite sur de bonne bases.

Vers le 53e km, un nouveau coureur me dépasse. Je l’encourage et il semble bien concentré. J’apprendrai plus tard qu’il s’agit d’Alexandre Hayetine, un traileur pas mauvais du tout (11e au dernier Championnat de France de Trail Long notamment).

 

Passage au 55e km en 04h08’26 - 6e (les 5e derniers km en 26’14)

 

 

La météo s’installe au beau fixe, et l’on retrouve des passages moins vallonnés. Je retrouve un rythme de croisière correct.

Au ravitaillement, je prends une fiole de « supafit » afin de consolider un peu mes muscles car je sens que cela devient un peu douloureux (surtout dans les parties descendantes). En tous cas, je suis assez surpris par le dénivelé de la course. Moi qui pensais que le parcours proposerait environ 300 à 350m+, je viens de passer la mi-course et j’en suis déjà à 450m+. En plus, je sais que la fin proposera une ascension d’au moins 100m+

 

Passage au 60e km en 4h33’08 - 6e (les 5e derniers km en 24’42)

Rémy : 100km de Belvès 2015
Rémy : 100km de Belvès 2015

J’arrive toujours à être un peu près régulier entre 12 et 12.5km/h, soit conforme à l’allure prévue. Mais en revanche au ravitaillement de Gageac, je prends un peu de temps pour bien me restaurer. Pas mal boire et manger des fruits car je sens qu’avec la chaleur qui arrive, il vaut mieux anticiper.

 

Passage au 65e km en 4h59’40 - 6e (les 5e derniers km en 26’32)

Rémy : 100km de Belvès 2015
Rémy : 100km de Belvès 2015

Je me sens un peu faiblir peu à peu et l’envie de ralentir sérieusement se fait sentir, mais j’essaye de tenir bon. Je passe le 2e tiers de course. Plus qu’un tiers et ça sera bon.

Mais un tiers, c’est tout de même 33 bornes… et avec des jambes qui se durcissent, c’est moins facile.

 

Je m’autorise une petite pause-pipi, mais celle-ci ne se passe pas au mieux… très peu d’urine et une légère douleur… Tiens, à surveiller…

A peine 1km plus loin, me voilà à nouveau pris d’une forte envie d’uriner, voilà qui n’est vraiment pas normal. Je réessaye et là, rien n’arrive, sauf la douleur qui est plus présente. J’essaye de repartir, mais c’est vraiment très désagréable cette sensation d’avoir la vessie pleine tout en sachant qu’elle est complètement vide…

 

Plus cela va, et plus les petits chocs des foulées deviennent problématiques pour ma vessie. J’en suis donc réduit à la marche, entrecoupée de quelques arrêts.

Au ravitaillement qui arrive, je bois beaucoup d’eau pure. J’espère pouvoir remplir un peu ma vessie et qu’elle sera ainsi moins douloureuse. Je mange quelques assortiments (pommes, barre, gel…) et repars en marchant avec un bidon d’eau pour boire davantage.

Bon forcément, certains coureurs me reprennent dans ce passage douloureux, et je me retrouve bientôt 8e.

 

Mais cela n’a pas vraiment d’importance, car je suis surtout en train de me demander s’il est raisonnable de poursuivre. Car avec ce passage au ralenti, ma cheville où j’ai eu l’entorse se fait un peu sentir, et je ne voudrais pas trop l’aggraver… Je commence donc à dire à Fanny qu’il serait peut-être plus prudent de stopper la journée, mais elle n’est pas tout à fait du même avis que moi : elle tente de me remotiver en me disant que ça devrait vite aller mieux et que la course est bientôt finie… mais bon, il reste tout de même 30 bornes…

 

Bon, je poursuis donc dans l’idée de voir comment ça évolue, mais je reste très attentif et prudent sur mes sensations. En repartant progressivement et tout doucement, les douleurs à la vessie sont moins violentes et tendent même à se faire oublier.

 

Passage au 70e km en 5h37’44 - 8e (les 5e derniers km en 38’04)

 

Au plus mal de la course...

Au plus mal de la course...

Petit à petit, je retrouve un peu le moral et l’envie. J’arrive à retrouver une allure correcte (même si tout est relatif), et je commence à envisager finir sous les 9h…

J’essaye de me dire qu’à présent, je dois faire en sorte de ne plus perdre de place (même si à la base, le classement m’importe peu).

 

Et à ma grande surprise, j’aperçois au loin le dernier coureur qui m’a doublé, alors que je n’imaginais pas le revoir. Je gagne progressivement du terrain et le dépasse. Me voilà donc 7e. Je poursuis en tentant d’être le plus régulier possible. Au point de ravitaillement, je fais encore attention à bien boire et à manger un minimum. J’en profite aussi pour m’arroser abondamment.

 

Passage au 75e km en 6h04’33 - 7e (les 5e derniers km en 26’49)

 

la fin du trou noir...
la fin du trou noir...

la fin du trou noir...

Je poursuis mon chemin et aperçois au loin un autre coureur devant (l’autre coureur qui m’avait dépassé précédemment). Mais je ne gagne que très peu de terrain et la distance qui nous sépare est encore conséquente. De temps en temps, je me retourne pour voir si d’autres coureurs reviennent, mais personne n’est en vue.

 

Passage au 80e km en 6h31’54 - 7e (les 5e derniers km en 27’21)

 

 

Je continue de me rapprocher peu à peu du coureur qui me précède. Arrivée au ravitaillement d’Allas-les-Mines (81e km) qui forme une sorte de « stand » en montée, je décide de ne pas m’arrêter. Je prends un bidon à Fanny en début de zone autorisée, et la traverse en marchant et en buvant beaucoup.

Ce petit pari me permet de ne pas perdre de temps à ce ravitaillement et par la même occasion de gagner une place puisque le coureur que je voyais à quant à lui réalisé une bonne pause. De plus, vu la configuration de ce poste de ravitaillement, je suppose qu’il ne m’a pas vu passé…

Egalement, je vois sortir de ce « ravito-stand », l’australien Cooke. Il ne semble pas au mieux mais repars en trottinant. De mon côté, je finis la zone d’assistance en marchant (toujours en buvant), puis repars dès que la pente s’arrête. Fanny me rejoint rapidement après avoir fait une petite pause pour recharger 2 bidons.

Nous doublons rapidement l’australien. Me voici à nouveau 5e, c’est incroyable.

Mais il reste encore un peu moins de 20 km, et je sais que ce ne sera pas les plus simples.

passage en 5e position
passage en 5e position
passage en 5e position

passage en 5e position

Voici à présent un passage hors bitume, sur un chemin carrossable. En principe, cela devrait être à mon avantage, mais j’avoue qu’avec mon soucis de cheville, je préfère être très prudent et reste bien concentré sur le sol pour éviter les trous.

 

Je me sens très bien au niveau énergétique, et mes soucis de vessie semblent être terminés. Je devrais donc être optimiste pour la suite, mais ce n’est pas tout à fait le cas car je sens que musculairement, ça commence à bien tirer. Je prends une nouvelle pastille anti-crampes et espère pouvoir retarder encore un peu les douleurs musculaires. Mais un peu plus loin, c’est inévitable. Je suis donc contraint de marcher de nouveau. J’essaye de repartir mais les crampes reviennent rapidement.

 

Après 3 ou 4 essais avortés, je prends  quelques secondes pour m’étirer les mollets, en espérant que ça suffira. Et même si ce n’est pas magique, ça limite un peu les dégats.

 

J’arrive au ravitaillement et prends du temps pour beaucoup boire. Je prends aussi 2 pastilles de sel et m’arrose le visage et le cou dans le bassin voisin. Je quitte le ravitaillement, tandis que le 6e s’y présente.

 

Passage au 85e km en 7h02’33 - 5e (les 5e derniers km en 30’39)

 

 

86e km, ça sent la fin mais ça fait mal...

86e km, ça sent la fin mais ça fait mal...

Les jambes sont douloureuses mais je me dis qu’il ne reste que 15km.

15km, c’est pas grand-chose finalement quand je repense à ma prépa, quand je repense à toutes mes sorties… J’essaye de convertir en temps, mais j’avoue que j’ai du mal à donner une estimation précise… Je me dis qu’il reste entre 1h15 et 1h45 de course selon les crampes… Car elles sont bien là ! Pas très violentes, mais assez fréquentes. De bons petits pics dans les mollets… Je m’amuse d’ailleurs à comparer ces crampes à celles que je subis parfois en trail, et cela n’a pas grand-chose à voir. En trail, elles sont plus fortes et plus longues, mais surtout dans beaucoup de muscles. Là ça reste localisé principalement sur les mollets. Mais en trail, avec les changements de profil, j’arrive à les faire disparaître à un moment donné où la pente s’inverse. Là, ça ne me semble pas possible. Il faut subir et faire avec.

 

 

Je me retourne régulièrement, mais pour le moment je ne vois personne derrière. Je commence à me dire que je devrais pouvoir conserver ma 5e place. Mais en passant le village de St Cyprien (87e km), le coureur qui me suivait redevient visible et semble me reprendre progressivement du terrain. J’essaye de courir au maximum même si je sais que les crampes continueront à m’obliger quelques passages marchés.

 

Passage au 90e km en 7h29’40 - 5e (les 5e derniers km en 27’07)

 

 

Je sais à présent que je vais terminer, mais je sens que les 8h30 sont loin d’être gagnés, tout comme ma 5e place. Je me retourne régulièrement pour contrôler l’écart qui me sépare de mon poursuivant. Il semble que je parvienne à conserver mon avance…mais combien de temps ?

Arrivée à Siorac, le parcours nous fait faire un petit détour pour remonter dans les ruelles du village. J’alterne course assez soutenue et marche très active dans cette petite difficulté, et j’espère ainsi augmenter définitivement mon avance.

 

J’arrive au ravitaillement dans le village, bois 2-3 verres d’eau et repars et jetant un coup d’œil derrière. Mon poursuivant (Franck Dessaux) arrive déjà et semble faire un ravitaillement express. Aïe, je n’ai pas gagné de temps, bien au contraire… J’essaye de relancer un peu mais les crampes sont toujours là. Impossible donc d’accélérer, même si ce n’est pas l’envie qui me manque et qu’au niveau énergétique je sens que c’est possible…

 

Passage au 95e km en 7h58’06 - 5e (les 5e derniers km en 28’26)

 

 

Plus que 5 petits kilomètres… mais je sais que les 2 derniers seront en montée (100m+ environ). Derrière, je sais que Franck va finir par me reprendre, c’est inévitable. J’essaye de me dire qu’en montée, l’effort sera différent et en principe, je ne devrais pas cramper. Donc peut-être que je pourrais faire une bonne ascension et éventuellement reprendre la 5e place…

 

Dernier petit ravito au 97.5e km. Je marche sur la zone d’assistance et bois bien. Franck arrive et je l’encourage en le félicitant. Je lui dis qu’il sera à coup sûr sous les 8h30 tandis que pour moi, c’est loin d’être assuré. Je repars une vingtaine de mètres derrière lui et attaque bientôt la dernière ascension. Franck ne faiblit pas, bien au contraire et j’abandonne l’idée de pouvoir recoller. Je ne le vois bientôt plus…

 

Pourtant je me surprends à ne pas être trop à la ramasse dans cette dernière pente. Je maintiens une ascension entre 10 et 11 km/h et sais que je la passerai entièrement sans marcher. Je regarde ma montre, et vois que ça sera bon pour les moins de 8h30. J’annonce à Fanny que ce sera entre 8h26 et 8h27… Elle me dit que si j’arrive encore à parler c’est que je ne force pas assez !!! C’est beau l’amour ;-)

 

 

 

dernières foulées
dernières foulées
dernières foulées
dernières foulées

dernières foulées

L’arche d’arrivée arrive et Fanny va rapidement sur l’avant pour prendre quelques photos. Elle impressionne bon nombre de spectateurs, mais il faut dire que l’assistance électrique du vélo aide bien… (Mais je précise c’est quasiment la seule fois du parcours qu’elle utilisera l’aide. Elle a tout de même fait 100km avec un vélo de plus de 25kg !).

 

Je passe sous l’arche d’arrivée. Ouf ! Enfin !!!

 

Arrivée au 100e km en 8h26’47 - 6e (les 5e derniers km en 28’41)

C'est fini !!! (attention, le chrono sur la voiture correspond à la course "marathon" - dommage ;-)

C'est fini !!! (attention, le chrono sur la voiture correspond à la course "marathon" - dommage ;-)

Bref petit commentaire au micro. Le speacker me demande quelles sont mes références sur route, et je l’informe que je suis plutôt coureur de trail et qu’il s’agissait d’une première expérience.

Je retrouve ensuite Mickaël Boch, toujours aussi sympathique, qui m’attend à l’arrivée. Comme prévu, il a largement dominé la course en 7h07 (même s’il est très déçu de son chrono). On discute un peu, puis on va se boire une  (ou plutôt 2 ou 3) bière avec son frère (qui a fait son assistance) et Fanny.

 

J’échange aussi quelques mots avec Hervé Seitz, coureur très sympathique, qui a terminé 3e aujourd’hui en 7h44.

avec Mickaël à l'arrivée

avec Mickaël à l'arrivée

Ensuite, c’est le moment de retourner à la voiture, et là, c’est pas la même. Ouille que c’est dur de marcher. Que c’est douloureux avec les muscles refroidis.

Direction ensuite un très bon hôtel et un agréable resto pour profiter pleinement des charmes du Périgord…

Récup confortable (et finalement bien méritée) sur les hauteurs de Sarlat
Récup confortable (et finalement bien méritée) sur les hauteurs de Sarlat

Récup confortable (et finalement bien méritée) sur les hauteurs de Sarlat

Points positifs :

  • J’ai beaucoup apprécié le fait de faire l’intégralité du parcours avec Fanny. C’était l’un des éléments qui me motivé le plus à tester ce genre d’épreuve et je n’ai pas été déçu. C’est vraiment une belle expérience de partagée.
  • Cette épreuve nous a permis de découvrir la région du Périgord Noir. Un merveilleux endroit. Et comme nous recherchions un endroit pour passer une semaine de camping cet été, la destination est toute trouvée.
  • J’avais besoin d’une prépa de ce type pour afin débuter ma saison sur de bonnes bases. Maintenant, il va falloir bosser le dénivelé, mais le travail effectué servira pour toute l’année. Je remercie d'ailleurs Jérôme (Delorme) pour ces conseils et son aide dans cette prépa qui était pour moi une nouveauté.
  • Pas de blessure durant la course. Mon pied et ma cheville ont tenu. Tout comme les cervicales de Fanny
  • Pas de souci alimentaire. Pas d’hypo, ni de nausées.

 

Points négatifs :

  • Le chrono réalisé est assez loin de ce que j’espérai Même si je trouve bien quelques excuses (dénivelé, bobos de dernières semaines…), l’objectif n’est pas rempli. Il faudra retenter.
  • La gestion de course a été sous-estimée. Je me sentais bien, mais cela n’a bien sûr pas duré. A garder en mémoire pour une prochaine.
  • Les crampes. Même si je me doutais fortement que ça arriverait, je pense qu’il y a moyen d’optimiser ce point.
  • l'hydratation a été un peu négligé sur le début de course en raison d'une météo assez fraiche et humide. J'ai progressivement été en carence d'eau et cela est très certainement à l'origine de mes soucis de vessie aux 2 tiers de la course.
Rémy : 100km de Belvès 2015

Voilà, pour cette première expérience. 

Dans l’ensemble, même si je suis malgré tout déçu de ma performance, j’ai beaucoup apprécié cette première expérience, et je pense que je serai très probablement au départ d’un nouveau 100km dans un futur proche. Bon pas cette année, c’est sûr mais pourquoi pas en 2016. Fort de cette expérience, avec une prépa un peu plus longue, une meilleure gestion de course et un parcours plus roulant, l’objectif de passer sous les 8h me paraît accessible. 

 

Bon, je vous laisse, il faut que je reprenne quelques calories ;-)

Rémy : 100km de Belvès 2015

edouardo 06/05/2015 19:18

bravo pour ton 100 km c'est très beau et félicitation. Je fait mon premier en octobre

Rémy 07/05/2015 22:42

Merci Edouardo. Tu verras, c'est une belle aventure. Bonne prépa.

julien 04/05/2015 23:18

Bravo !
Belle perf et super récit d'une aventure partagée !

Rémy 04/05/2015 23:42

Merci Julien. Une aventure de plus, et qui en appelle d'autres. Mais sur les sentiers à présent !

richard 04/05/2015 22:07

Bravo ! ça donne presque envie... je dis bien presque ! non génial !!

Rémy 04/05/2015 23:41

Merci Richard. Bah, faut franchir le pas, c'est une belle aventure à tester ;-)

Anne-Laure 01/05/2015 18:49

Bravo Rémy et merci pour ce récit palpitant. On y était presque (mais sans les crampes...) !

Rémy 02/05/2015 17:07

Merci Anne-Laure. A très bientôt.

Corinne N. 01/05/2015 16:51

L'Union fait la Force !
Félicitations pour cette 1ere...qui ne sera pas la dernière

Rémy 02/05/2015 17:08

Merci Corinne. Ce fut une bonne première expérience mais effectivement, comme le résultat n'est pas assez satisfaisant, il faudra réessayer...

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